EXCLUSIF. Cafards, eau souillée et déjections humaines : la fermeture d’une boulangerie industrielle à Limete révèle un système où le profit s’est bâti sur le mépris absolu de la santé publique. Enquête sur un établissement devenu un foyer d’infection.
C’est une odeur de levure qui masque celle du crime. À Kinshasa, dans le quartier industriel de Limete, l’enseigne « Congo Pain » ne fournit plus les étals des revendeurs. Depuis quelques heures, des scellés rouges barrent l’entrée de cette boulangerie, suite à une descente du Parquet dont les conclusions font froid dans le dos. Ce qui devait être une usine de production alimentaire s’est révélé être un cloaque à ciel ouvert.
Le pain du déshonneur
L’inventaire dressé par les autorités judiciaires, appuyé par des preuves visuelles que Le Point a pu consulter, semble tout droit sorti d’un film d’épouvante sanitaire. Sur les parois des zones de pétrissage, là où la pâte repose avant de devenir l’aliment de base de milliers de Kinois, des colonies de cafards grouillent en toute impunité.
Plus alarmant encore : l’analyse de la chaîne de production a révélé que l’eau utilisée pour la confection des miches était une eau souillée, impropre à la consommation, mais prélevée sans vergogne pour réduire les coûts d’exploitation.
L’indignité au cœur du pétrin
Mais le scandale dépasse la simple négligence hygiénique pour toucher à l’abjection humaine. Le rapport de l’intervention souligne une absence totale de sanitaires fonctionnels pour les ouvriers.
« Faute d’infrastructures, les employés étaient contraints d’uriner et de déféquer sur leur lieu de travail, à quelques mètres seulement des fours et des stocks de farine », confie une source proche du dossier.
L’indignité humaine y a rejoint l’insécurité alimentaire la plus totale. Comment un tel établissement a-t-il pu opérer si longtemps sous le radar des contrôles ? La question est désormais sur toutes les lèvres dans la capitale congolaise.
Un signal fort contre les « opérateurs véreux »
Cette fermeture musclée, opérée sous l’égide du Gouvernement de la République et du Parquet, se veut être un tournant. En scellant « Congo Pain », les autorités envoient un avertissement sans frais à une certaine caste d’opérateurs économiques : la santé des Congolais n’est plus une variable d’ajustement.
Alors que les vidéos de l’insalubrité tournent en boucle sur les réseaux sociaux, l’émotion gagne la rue. Derrière ce fait divers sordide, c’est tout le système de contrôle sanitaire de la mégapole kinoise qui est aujourd’hui mis au défi de sa crédibilité.
Salomon BIMANSHA











