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Brazzaville-Kinshasa : le pont de l’Histoire

INFRASTRUCTURES. Le lancement officiel de l’appel d’offres pour le méga-projet de pont route-rail scelle l’union économique des deux capitales les plus proches du monde. Un tournant stratégique porté par la BAD et Africa50.

C’est un serpent de mer vieux de plusieurs décennies qui s’apprête enfin à prendre corps. Les Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement (BAD) ont été le théâtre, cette semaine, d’un séisme infrastructurel pour le continent : le lancement officiel de l’avis d’appel à propositions pour la construction du tant attendu pont route-rail entre Brazzaville et Kinshasa.

Deux capitales. Deux peuples. Un même fleuve. Et désormais, une vision commune résolument tournée vers l’avenir.

Une union sacrée pour un défi titanesque

Le symbole est puissant. Les deux capitales les plus rapprochées du monde, séparées par les eaux tumultueuses du fleuve Congo, n’ont jamais été aussi près de se toucher du doigt. Pour acter ce tournant historique, le gotha politique et financier de la région avait fait le déplacement.

Côté officiel, la présence des Vice-Premiers Ministres Jean-Pierre Bemba (RDC) et Jean-Jacques Bouya (République du Congo) est venue sceller l’engagement indéfectible des deux États. À leurs côtés, les grands argentiers et stratèges du développement africain : le Président de la BAD, le Dr Akinwumi Adesina (dont l’institution est le bras armé financier du projet), le Président Directeur Général du fonds Africa50, Alain Ebobissé, ainsi que les hauts représentants de la CEEAC (Communauté économique des États de l’Afrique centrale).

« Ce n’est pas seulement un ouvrage de béton et d’acier que nous lançons aujourd’hui, c’est le chaînon manquant du commerce intra-africain », confie un délégué de la CEEAC dans les couloirs du sommet.

Le pragmatisme économique contre les vieux démons

Pendant des générations, relier Kinshasa la bouillonnante à Brazzaville la calme relevait de l’utopie, voire de la friction politique. Les traversées se résumaient aux va-et-vient incertains des canots rapides et des barges des Beach. Un anachronisme économique à l’heure de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF).

L’appel à propositions lancé officiellement change radicalement la donne. Il s’adresse aux consortiums internationaux capables de concevoir, financer et réaliser cet ouvrage d’art exceptionnel. Ce projet de pont route-rail ne va pas seulement fluidifier le transport des personnes ; il va créer un véritable corridor logistique reliant l’océan Atlantique (via le port de Pointe-Noire) à l’hinterland de la RDC et, au-delà, vers l’Afrique de l’Est.Le projet en chiffres (estimations)Longueur de l’ouvrageEnviron 4 kilomètresInfrastructuresUne voie ferrée, deux voies routièresObjectif cléConnecter les réseaux ferroviaires des deux rives

L’Afrique prend son destin en main

Si la présence d’Africa50 et de la BAD est cruciale, c’est parce que le modèle de financement se veut résolument moderne, basé sur un Partenariat Public-Privé (PPP). Il ne s’agit plus d’attendre l’aide internationale, mais de proposer un projet bancable, attractif pour les investisseurs mondiaux. Alain Ebobissé a d’ailleurs rappelé l’urgence de passer de la parole aux actes, saluant le leadership des deux gouvernements pour lever les barrières bureaucratiques.

Bien sûr, les défis restent immenses : coordination douanière, harmonisation des tarifs, gestion technique d’un fleuve au débit capricieux. Mais l’impulsion politique est là, et le point de non-retour semble franchi.

En unissant leurs destins par-dessus le fleuve Congo, Brazzaville et Kinshasa ne font pas que rapprocher leurs populations : elles s’imposent enfin comme le cœur battant de l’intégration économique de l’Afrique centrale. Le train du développement est sur les rails.

Salomon BIMANSHA

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