EXCLUSIF. Accusations de « gangstérisme administratif », comptes parallèles, jets privés et millions de dollars volatilisés… Le ministre de l’Entrepreneuriat tape du poing sur la table et exige des comptes à l’ancienne direction de l’ARSP. Récit d’un déballage de fin de règne qui ébranle Kinshasa.
Le climat est à l’orage, pour ne pas dire à la tempête tropicale, dans les couloirs de l’Autorité de Régulation de la Sous-traitance dans le Secteur Privé (ARSP). Cet établissement public, pivot de la stratégie de l’émergence d’une classe moyenne congolaise, traverse sa crise la plus sombre. En cause ? Une correspondance officielle, aux allures de réquisitoire, adressée par le ministre de l’Entrepreneuriat et du Développement des Petites et Moyennes Entreprises, Me Justin Kalumba Mwana-Ngongo, directement au Directeur Général de l’institution au moment des faits. Un document que Bimanshainfo a pu consulter et qui ouvre officiellement la boîte de Pandore de la mégestion.

Tout commence le 25 mai 2026. Ce jour-là, le conseil du Collectif des agents et cadres de l’ARSP transmet un dossier explosif au ministère de tutelle. Les mots utilisés par les frondeurs sont d’une violence rare pour une administration : ils y dénoncent un véritable « gangstérisme administratif », décrivant un quotidien fait d’intimidations, d’opacité financière totale et de trafics d’influence visant de plein fouet la gestion de Miguel Kashal. Face à la précision des accusations, la tutelle ne pouvait plus détourner le regard.
Depuis ce déballage historique, les lignes ont bougé au sommet de l’État : Miguel Kashal a été remplacé à son poste par Ted Belashayi, désormais chargé de reprendre en main une institution au bord du gouffre. Mais les comptes du passé doivent être soldés.
Vingt griefs et des millions de dollars en jeu
Le ministre Justin Kalumba Mwana-Ngongo n’a pas fait dans la demi-mesure. Dans son courrier, il retient une liste de vingt faits « gravement documentés » imputés à l’équipe sortante. Un catalogue des horreurs managériales qui se décline en trois chapitres particulièrement lourds :
1. Le gouffre financier
Les irrégularités comptables relevées donnent le tournis. L’ARSP est notamment accusée de :
- Défaut de reversement de plus de 7 millions de dollars dus à la Direction Générale des Impôts (DGI).
- Encaissement anticipé de redevances auprès de plusieurs entreprises minières, privant l’État de ressources futures.
- Non-paiement chronique des loyers et des frais de fonctionnement de base de l’établissement.
2. Le train de vie « saoudien » de l’ancienne direction
Au-delà des trous dans la caisse, c’est l’utilisation des fonds publics qui choque. L’enquête pointe du doigt l’ouverture de comptes bancaires parallèles, l’utilisation récurrente de jets privés pour les déplacements strictement personnels de l’ex-DG Miguel Kashal, ainsi que des emprunts bancaires colossaux contractés au nom de l’ARSP, mais détournés à des fins présumées privées.
3. Intimidation et passe-droits
L’ambiance interne semblait tout droit sortie d’un thriller politique. Le document ministériel évoque l’attribution systématique de marchés publics à des entreprises directement liées aux proches de la direction d’alors, la neutralisation complète des organes de contrôle internes, et va jusqu’à mentionner l’agression physique d’un agent ayant le statut d’Officier de Police Judiciaire (OPJ) par la propre garde rapprochée du dirigeant de l’époque.
Le compte à rebours des justifications
« Le temps de l’impunité est révolu. Chaque centime de l’État doit être justifié », confie une source proche du dossier au ministère.
Face à ce séisme institutionnel, le ministre de tutelle a choisi la méthode forte. Avant le grand ménage qui a conduit à la nomination de Ted Belashayi pour redresser la barre, le ministre avait lancé une sommation en bonne et due forme : l’administration sortante disposait d’un délai de strictement sept jours pour fournir, point par point, sa version des faits et apporter des preuves contraires.
À Kinshasa, l’affaire continue de faire grand bruit. L’ARSP, censée être le fer de lance de la redistribution des richesses issues des matières premières vers les entrepreneurs locaux, doit désormais prouver qu’elle peut opérer sa mue sous sa nouvelle direction. Le nouveau DG, Ted Belashayi, parviendra-t-il à restaurer la confiance et assainir les pratiques ? La réponse est attendue au tournant par une opinion publique lasse des scandales financiers à répétition.
Salomon BIMANSHA











