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Guerre dans l’Est de la RDC : Le rappel à l’ordre cinglant de l’évêque de Butembo-Beni au pouvoir

C’est un texte au vitriol, une charge pastorale qui sonne comme un violent rappel à la réalité pour le pouvoir congolais. Alors que les salons feutrés de Kinshasa bruissent de calculs politiques et de projets de réformes institutionnelles, à plus de 1 500 kilomètres de là, le sang continue de couler. Depuis le Nord-Kivu, épicentre d’un martyre qui dure depuis trois décennies, l’Église catholique a décidé de hausser le ton. Et ses mots sont lourds de sens.

Dans un communiqué sans concession intitulé « Nous voulons d’abord la paix », Mgr Sikuli Paluku Melchisédech, évêque du diocèse de Butembo-Beni, fustige le décalage abyssal, pour ne pas dire indécent, entre les obsessions de la classe politique et le calvaire quotidien des populations de l’Est. À l’approche du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo (RDC), le constat est amer : pour le prélat, l’urgence nationale n’est pas juridique, elle est humaine.

L’illusion constitutionnelle face aux massacres

Au cœur de la colère de l’évêque : le projet de révision, voire de changement de la Constitution, qui agite la capitale. Une diversion coupable, selon lui, alors que de vastes zones du Nord-Kivu et de l’Ituri échappent encore totalement au contrôle de l’État.

« Au moment où une partie du territoire national est sous occupation étrangère et que les populations continuent d’être massacrées, la priorité des dirigeants devrait être la protection des citoyens et la restauration de l’autorité de l’État », martèle Mgr Sikuli Paluku Melchisédech.

Pour le prélat, la feuille de route du gouvernement devrait tenir en trois mots : sécurité, justice, souveraineté. Le reste n’est que littérature politique. L’évêque égraine d’ailleurs la litanie macabre des derniers jours : les assauts répétés des Forces démocratiques alliées (ADF) – un groupe armé affilié à l’État islamique – dans les localités de Beni, Mbau, Biakato ou Makumo. Sans oublier l’assassinat récent de trois policiers à Kirima, dans le territoire de Lubero. Des drames quotidiens qui illustrent l’enracinement d’une crise sécuritaire devenue chronique, sous le regard impuissant – ou distrait – des institutions.

Le logiciel défaillant de Kinshasa

En prenant ainsi position, le diocèse de Butembo-Beni s’inscrit dans la longue tradition de plaidoyer de la puissante Conférence épiscopale nationale du Congo (Cenco), historiquement prompte à jouer les vigies face aux dérives des régimes successifs. L’Église se fait ici le haut-parleur d’une population épuisée par les promesses de pacification non tenues et les fléaux qui gangrènent le pays :

  • L’insécurité galopante,
  • La corruption endémique,
  • Les divisions communautaires savamment entretenues,
  • L’injustice sociale.

Pour l’Église, le contrat social est rompu lorsque l’élite politique s’enferme dans des débats d’ingénierie constitutionnelle pour garantir sa propre survie ou sa longévité, pendant que des milliers de familles vivent sous la menace permanente des kalachnikovs.

L’appel au sommet de l’État

Le message adressé au président Félix Tshisekedi, au gouvernement et au Parlement est limpide : recentrez vos priorités. La survie de la nation ne dépend pas de la modification d’un article de loi à Kinshasa, mais de la capacité de l’armée congolaise à sécuriser ses frontières et à protéger ses enfants.

Dans l’Est de la RDC, meurtri par des années de conflits asymétriques et de pillages de ressources, la demande populaire n’a pas changé d’un iota : la paix, tout de suite, et avant tout. Reste à savoir si le cri d’alarme de Butembo-Beni parviendra à percer la bulle politique kinoise.

Salomon BIMANSHA

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