À l’occasion du 66e anniversaire de l’indépendance de la République démocratique du Congo, l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) publie un message d’allégeance appuyé au président Félix Tshisekedi. Derrière la rhétorique officielle, décryptage d’une célébration placée sous le signe de l’économie de guerre et de l’héritage de Lumumba.
Ce mardi 30 juin 2026, l’ambiance est aux commémorations solennelles à Kinshasa. Alors que la Nation congolaise célèbre le soixante-sixième anniversaire de son accession à la souveraineté nationale et internationale, les institutions publiques rivalisent d’ardeur pour manifester leur soutien au chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo. Parmi les messages les plus notables, celui de la Direction générale de l’Office de gestion du fret multimodal (OGEFREM) se distingue par sa tonalité à la fois hautement politique et résolument ancrée dans les défis logistiques contemporains du pays.
Sous la plume de son Directeur Général, Olivier Tshibola Mukuma, l’office public ne se contente pas d’adresser des « chaleureuses félicitations » et de renouveler une « loyauté républicaine ». Le communiqué officiel se structure comme un plaidoyer pour la refondation nationale, liant intimement l’histoire tragique et glorieuse du pays à l’action de l’actuel exécutif.
L’indépendance comme boussole face aux crises

Le 30 juin demeure, selon l’expression consacrée, « une date sacrée dans la mémoire collective » du peuple congolais. Pour l’OGEFREM, évoquer ce jour, c’est convoquer « le courage, le sacrifice et l’espérance de celles et ceux qui ont rêvé d’un Congo libre, maître de son destin ». Mais soixante-six ans après cette conquête historique, le contexte est loin d’être serein. La RDC fait face à d’immenses défis sécuritaires, notamment dans sa partie orientale, et à la nécessité impérieuse de moderniser ses infrastructures d’échanges.
C’est ici que la rhétorique institutionnelle rejoint la stratégie de communication politique. L’établissement public salue le « leadership éclairé » du président de la République, affirmant que le pays continue d’écrire son histoire « avec détermination, porté par l’idéal d’unité, de paix et de progrès ».
« Sous votre impulsion, Excellence Monsieur le Président de la République, notre cher et beau pays poursuit inexorablement sa marche vers la consolidation de la cohésion nationale, l’affirmation de sa souveraineté et de son intégrité territoriale… » — Olivier Tshibola Mukuma, Directeur Général de l’OGEFREM
De Lumumba à Tshisekedi : la quête de la « grandeur »
Le moment fort de cette déclaration repose sans conteste sur une filiation historique audacieuse. La Direction générale de l’OGEFREM choisit d’adosser son engagement logistique à la figure tutélaire de Patrice Émery Lumumba, premier Premier ministre du pays et martyr de l’indépendance. En citant la formule célèbre : « Le Congo est grand et exige de nous la grandeur », l’Office cherche à donner une dimension quasi mystique à sa mission technique.
Se ranger derrière « l’action de la Haute Autorité », c’est, pour cet office névralgique, relever « le défi du développement économique dans le secteur de la logistique nationale ». Dans un pays grand comme l’Europe occidentale, dépourvu de voies routières interconnectées d’un bout à l’autre, la gestion du fret multimodal (maritime, fluvial, routier, aérien) n’est pas qu’une simple variable commerciale : c’est l’épine dorsale de la souveraineté économique.
EN ENCADRÉ
Zoom : Qu’est-ce que l’OGEFREM ? L’Office de gestion du fret multimodal est un établissement public à caractère technique et commercial en RDC. Il a pour mission principale de promouvoir l’efficacité de la chaîne logistique nationale, de conseiller l’État sur la politique des transports, et de défendre les intérêts des chargeurs congolais. En période de tensions géopolitiques, le contrôle des flux de marchandises entrants et sortants constitue un pilier majeur de la résilience et de la souveraineté nationale.
Une union sacrée face aux menaces
Le texte ne manque pas de mentionner « le concours de nos unités combattantes et du vaillant peuple congolais dans son ensemble ». Une référence explicite à l’effort de guerre et à la mobilisation générale face aux agressions et aux rébellions qui menacent l’intégrité du territoire. Pour l’appareil d’État, la commémoration du 30 juin 2026 sert d’outil de cohésion interne, rappelant que chaque secteur, de la ligne de front jusqu’aux bureaux de la Direction Générale située avenue TSF à Kinshasa/Gombe, participe au même combat.
En concluant par de vibrants « Vive la RDC » et « Vive Son Excellence Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo », l’OGEFREM illustre une fois de plus la fine frontière existant en RDC entre la gestion managériale des grands offices publics et l’alignement politique inconditionnel, jugé nécessaire pour traverser les turbulences de l’histoire moderne.
Salomon BIMANSHA











