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L’AFFAIRE ALINGETE : Les secrets d’un emballement juridico-médiatique à Kinshasa

Révélations sur une interdiction de quitter le territoire visant l’ancien patron de l’IGF, Jules Alingete, les dirigeants de la Rawbank et plusieurs notables. Entre document officiel authentique, accusations de blanchiment et levée de mesure en catimini : récit d’un coup de théâtre congolais.

C’est une onde de choc qui a fait trembler les salons feutrés et les chancelleries de Kinshasa dans la matinée du vendredi 3 juillet 2026. Une correspondance officielle du Parquet général près la Cour de cassation, datée du 20 juin (sous le numéro de référence 2403/D.023/28177/PGCCAS/MVM/MUK/2026), s’est répandue comme une traînée de poudre sur les réseaux sociaux. L’objet, d’une gravité absolue, a instantanément glacé le monde des affaires et de la haute administration : « Interdiction de sortie du Territoire national ».

Au cœur de cette tempête judiciaire se trouve une figure incontournable de la vie publique en République Démocratique du Congo : Jules Alingete Key, l’ancien et très médiatique chef de service de l’Inspection Générale des Finances (IGF). Mais il n’est pas seul. La mesure frappe également les plus hauts sommets du capitalisme congolais, notamment Mustapha Rawji, directeur général de la Rawbank SA, ainsi que plusieurs membres éminents de sa famille (Mazhar, Uzair et Zain Rawji), des cadres financiers comme Kiala Ndombele, Nanu Mukawa (alias Nanu Alingete), et Jok Ukelo.

Des chefs d’accusation vertigineux

Le document signé de la main du Procureur Général, Firmin Mvonde Mambu, et adressé directement au Directeur Général de la Direction Générale de Migration (DGM), ne mâche pas ses mots. Le haut magistrat y annonce l’ouverture d’une instruction judiciaire lourde. Les prévenus sont poursuivis pour des chefs d’infractions financiers majeurs : corruption, faux en écritures et blanchiment de capitaux.

Le texte évoque des manquements prévus et punis par les articles 147 bis, 148 et 124 du Code Pénal (Livre II), adossés aux dispositions strictes de la loi n° 22/068 du 27 décembre 2022 (modifiée en juillet 2025) portant lutte contre le blanchiment de capitaux, le financement du terrorisme et la prolifération des armes de destruction massive.

Selon les termes de la lettre initiale, cette décision conservatoire drastique — interdisant aux suspects de quitter la capitale ou le territoire national — avait un but précis : « garantir leur disponibilité pour les besoins de l’instruction et empêcher qu’ils ne se soustraient aux poursuites judiciaires engagées contre eux ». Une initiative directement impulsée par le pouvoir politique, faisant suite à une injonction du Ministre d’État, Ministre de la Justice et Garde des Sceaux (lettre n° 780/LW936/ANL/CAB/ME/MIN/J&GS/2026 du 18 juin 2026), visant explicitement les personnes physiques précitées ainsi que les entreprises du Groupe RAWJI, dont la RAWBANK SA.

Le contre-feu du Procureur : une mesure « rapportée depuis belle lurette »

Alors que la Toile s’enflammait et que les conclusions hâtives fusaient, un spectaculaire retournement de situation a eu lieu le lendemain, samedi 4 juillet 2026. Face au séisme médiatique, le Procureur Général Firmin Mvonde Mambu a publié le communiqué officiel n° 003/PGCCAS/2026 afin de recadrer l’affaire.

Tout en confirmant l’authenticité formelle de la lettre d’interdiction de sortie, le chef du Parquet a fait une révélation cruciale : la mesure conservatoire avait déjà été levée. Les investigations ayant « considérablement évolué » entre le 20 juin et le début du mois de juillet, l’interdiction de voyager avait été légalement rapportée « il y a belle lurette » avant même que le document ne fuite sur Internet.

Le Parquet général insiste fermement sur le fait que cette interdiction n’était en aucun cas une sanction découlant d’une culpabilité établie, mais une simple mesure de prudence technique nécessaire à la collecte des données.

« À ce jour, il est hasardeux de soutenir, au regard des éléments en présence, la culpabilité des incriminés, la preuve de leur implication n’ayant pas été apportée », nuance désormais le Procureur Général.

Il ajoute par ailleurs que certains des faits portés à sa connaissance avaient, par le passé, fait l’objet d’instructions judiciaires closes par des décisions de non-lieu.

À Kinshasa, si la tension retombe d’un cran sur le plan des restrictions de mouvement pour Jules Alingete et les frères Rawji, le mystère reste entier dans les cercles politiques sur les motivations réelles derrière cette fuite tardive et hyper-médiatisée. L’affaire, bien que temporairement désamorcée sur la forme, promet de laisser des traces dans l’écosystème économico-judiciaire de la RDC.

Repères — Le Dossier en bref (Encadré)

  • L’Affaire : Ministère Public contre MUSTAFA RAWJI et Consorts.
  • Les Personnes visées : Jules Alingete Key, Mustapha Rawji, Mazhar Rawji, Uzair Rawji, Zain Rawji, Kiala Ndombele, Nanu Mukawa, Jok Ukelo.
  • Les Accusations initiales : Corruption, faux en écritures, blanchiment de capitaux.
  • Le Statut actuel : Mesure conservatoire d’interdiction de sortie officiellement annulée (rapportée) par le Parquet en raison de l’avancement de l’enquête. Culpabilité non prouvée à ce jour.

SALOMON BIMANSHA

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