Kinshasa, RD Congo — À 48 heures du coup d’envoi officiel de l’année scolaire 2026-2027, le paysage syndical congolais offre le spectacle d’une fracture béante. Entre appels à la reprise pragmatique et intransigeance revendicative, l’incertitude plane sur l’effectivité des cours dès ce mardi 1er septembre.
Le pari de la confiance mesurée
Réunie en Assemblée générale le samedi 29 août à Kinshasa, l’Intersyndicale des syndicats des enseignants du Congo a tranché pour l’apaisement. Au terme de concertations intenses menées la veille avec la ministre d’État, ministre de l’Éducation nationale et Nouvelle Citoyenneté, Raïssa Malu Dinanga, la centrale syndicale appelle au retour dans les salles de classe.
« Tenant compte de tout ce qui précède, l’Intersyndicale demande à tous les enseignants de reprendre les enseignements et l’encadrement de nos enfants, dès ce mardi 1er septembre 2026, sur toute l’étendue du territoire national », a déclaré Godefroid Matondo Nzuzi, président et porte-parole de l’organisation.
Le choix de l’Intersyndicale repose sur une série de promesses faites par l’exécutif à l’issue de la Commission interministérielle d’août :
- Enseignants NU et NP : Priorisation de la prise en charge des Nouvelles Unités et Non Payés, avec un début de régularisation salariale promis pour octobre.
- Statut particulier : Avancées significatives sur les textes régissant les enseignants et inspecteurs, dont la signature est projetée pour la mi-septembre.
- Couverture santé : Relance des engagements autour de la Mutuelle de santé des enseignants (MESP).
Un sursis accordé au Gouvernement sous peine de vives turbulences. « Au cas où le Gouvernement de la République ne respecterait pas les engagements renouvelés, l’Intersyndicale se réserve le droit de mener des actions de grande envergure, allant jusqu’à perturber le calendrier scolaire », a averti Godefroid Matondo Nzuzi.
Un front syndical en pièces détachées
Ce feu vert ne dissipe pas pour autant le spectre d’une rentrée à deux vitesses. L’unité syndicale vole en éclats face au refus catégorique des tenants d’une ligne dure.
Absent des négociations de vendredi dernier, le Syndicat des enseignants du Congo (Syeco), porté par Cécile Tshiyombo, et le Syndicat des enseignants des écoles catholiques (Synecat), dirigé par Jean-Bosco Puna, boycottent le mot d’ordre de reprise. Pour ces structures, les promesses gouvernementales sans garanties immédiates restent insuffisantes pour lever la grève.
Sur le terrain, la base enseignante oscille entre résignation et colère. De nombreux professionnels affichent une méfiance grandissante envers certains dirigeants syndicaux, accusés de compromissions avec la tutelle administrative.
Alors que le chef de l’État, Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, appelait lors du Conseil des ministres du 14 août à une rentrée « apaisée, effective et inclusive », le bras de fer engagé au sein même de la communauté éducative menace de fragiliser ce vœu exécutif dès les premières heures de la rentrée.
Salomon Bimansha












