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Énergie en RDC : Le cri d’alarme de la SNEL face au piège du délestage

Entre baisse drastique des cours d’eau, factures d’État impayées et tarification non rentable, le Directeur Général de la SNEL, Teddy Lwamba, livre un diagnostic sans concession sur la crise électrique qui paralyse Kinshasa.

Un modèle historique rattrapé par la réalité et le climat

Historiquement, le réseau de la Société nationale d’électricité (SNEL) s’est structuré autour de la puissance du complexe d’Inga. Durant des décennies, le site a fourni une énergie amplement suffisante pour couvrir les besoins nationaux et exporter du surplus. Mais à partir de 1997, la libéralisation progressive du secteur et l’explosion de la demande urbaine ont poussé les installations jusqu’à leurs limites, atteignant un point de saturation structurel malgré l’apport de centrales plus récentes comme Zongo II.

Aujourd’hui, c’est le facteur climatique qui vient porter un coup de grâce aux capacités de production. Face à la presse ce jeudi 1ᵉʳ octobre 2026 lors du briefing co-organisé avec le ministère de la Communication et Médias, le Directeur Général de la SNEL, Teddy Lwamba, est venu s’expliquer sur les coupures intempestives d’électricité qui frappent la République démocratique du Congo et la capitale en particulier.

Interrogé sur les raisons de ces perturbations à répétition, le patron de la SNEL a pointé du doigt « une baisse drastique du niveau d’eau ». Cette dégradation hydrologique sévère a des conséquences directes sur les infrastructures hydroélectriques : « Des machines sont à l’arrêt », a déploré Teddy Lwamba.

L’impasse financière : Quand l’État ne paie pas ses factures

Au-delà des aléas climatiques, l’entreprise publique étouffe sous le poids d’un modèle économique profondément déséquilibré.

Le premier frein réside dans une tarification administrativement encadrée à un niveau non rentable, fixée en deçà des coûts réels de production et de distribution. Ce gel tarifaire empêche la SNEL d’autofinancer la modernisation du réseau et décourage les investisseurs privés.

Mais le dysfonctionnement le plus flagrant révélé par Teddy Lwamba est d’ordre institutionnel. Le DG de la SNEL a ouvertement abordé la question des créances impayées qui assèchent la trésorerie de la société : « Les instances officielles ne paient pas », a-t-il dénoncé. Un manquement lourd de conséquences quand on sait que « 25 % de la consommation, c’est l’État ». Pour le dirigeant, il est désormais urgent de corriger cette « incohérence institutionnelle » qui prive l’opérateur national des liquidités indispensables à son entretien de base.

Pour rétablir l’équilibre du secteur, Teddy Lwamba plaide par ailleurs pour la mise en place d’une subvention publique directe à l’électricité, à l’image des mécanismes d’accompagnement déjà existants dans le secteur pétrolier.

Kinshasa au régime d’urgence : L’option du bateau-centrale

En attendant des réformes structurelles et une régularisation des dettes publiques, la capitale – mégapole de près de 20 millions d’habitants – demeure plongée dans un délestage quotidien dommageable pour le tissu économique.

Pour faire face à cette crise aiguë et soulager les ménages comme les commerces, le patron de la SNEL annonce avoir opté pour une solution d’urgence : le recours à un bateau-centrale flottant d’une capacité de 134 mégawatts. Cette injection rapide de puissance devrait, selon lui, améliorer principalement la desserte de la capitale. « Nous aurons 20 % d’amélioration », assure Teddy Lwamba.

Quelles perspectives pour sortir de l’impasse ?

Si le navire-centrale offre une bouffée d’oxygène temporaire, la SNEL devra mener de front plusieurs chantiers majeurs pour garantir la souveraineté énergétique du pays :

La réhabilitation lourde des centrales d’Inga : Remettre en service les groupes à l’arrêt pour restaurer le potentiel nominal du fleuve Congo.

La diversification vers le solaire : Développer le photovoltaïque pour réduire la dépendance exclusive à l’hydroélectricité, particulièrement fragile en période d’étiage.

La vérité des prix et le recouvrement : Exiger le paiement effectif de la consommation des institutions publiques et réajuster les cadres tarifaires pour inciter les partenariats public-privé (PPP).


Sans une discipline budgétaire de l’État actionnaire et une remise à niveau du modèle économique, la RDC peinera à transformer son colossal potentiel hydraulique en courant continu pour ses citoyens.

Salomon Bimansha

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