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Églises de RDC : Le nouvel eldorado du capital-investissement ?

C’est une proposition qui fait l’effet d’un coup de pied dans la fourmilière, ou plutôt dans le bénitier. André Wameso gouverneur de la Banque Centrale du Congo , ne se contente plus de voir dans les églises des lieux de culte. Pour lui, elles sont des gisements de capitaux dormants, une force de frappe économique qui s’ignore. Son diagnostic est sans appel : la ferveur religieuse des Congolais est le moteur d’une économie informelle d’une puissance colossale qu’il convient désormais de « bancariser » au profit du développement national.

Le « Mabonza » : Le Crowdfunding à la Congolaise

Pour illustrer son propos, Wameso s’appuie sur une tradition bien ancrée : le mabonza. Bien au-delà de la simple offrande, il y voit une forme primitive, mais d’une efficacité redoutable, de financement participatif.

Chaque dimanche, des millions de fidèles mobilisent des ressources financières avec une agilité que les banques traditionnelles leur envient. Cette capacité de levée de fonds populaire, basée sur la confiance et l’appartenance communautaire, constitue pour Wameso la preuve qu’une épargne locale existe. Le défi ? Transformer cette « manne spirituelle » en levier de croissance économique.


Le Choc des 50 % : La Dîme au Secours des PME

Mais l’idée la plus radicale du projet réside dans la réaffectation des flux financiers ecclésiastiques. Wameso pousse la logique comptable jusque dans le sacré : consacrer jusqu’à 50 % des dîmes au financement des petites et moyennes entreprises (PME).

« Les églises ne doivent plus être des terminus financiers, mais des hubs d’investissement. »

L’argumentaire est limpide :

  • Souveraineté économique : Réduire la dépendance aux financements extérieurs en utilisant l’épargne domestique.
  • Cercle vertueux : En finançant les PME, l’Église crée des emplois pour ses fidèles qui, devenus solvables, soutiennent à leur tour l’institution.
  • Professionnalisation : Passer d’une économie de subsistance spirituelle à une gestion d’actifs rigoureuse.

Entre Scepticisme et Révolution

Le projet soulève évidemment des questions brûlantes. Comment garantir la transparence de ces fonds ? Les chefs religieux sont-ils prêts à troquer leur rôle de pasteurs contre celui de gestionnaires de fonds de capital-risque ?

Si la pilule peut paraître amère pour certains puristes du dogme, pour André Wameso, l’heure n’est plus à la contemplation. Dans un pays où l’accès au crédit bancaire est un parcours du combattant, le salut des PME congolaises pourrait bien passer par le panier de quête. Une vision qui, si elle se concrétise, transformerait radicalement le paysage financier de la RDC.

Salomon BIMANSHA

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