
DÉCRYPTAGE. En République démocratique du Congo, la motion de défiance contre le ministre de l’Intérieur Jacquemain Shabani s’est heurtée à un « report » inattendu. Une manœuvre qui pose la question de l’obstruction démocratique.
C’est un grand classique du théâtre législatif, mais il laisse toujours un goût amer aux puristes du parlementarisme. Mercredi 15 avril, les travées de l’Assemblée nationale congolaise auraient dû vibrer au rythme de la redevabilité. Sur la sellette : le vice-Premier ministre et ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani. À l’origine de la secousse : une motion de défiance déposée par le député Lady Yangotikala.
Le règlement intérieur est pourtant d’une clarté de cristal : une fois déposée, la motion doit être examinée dans un délai de 48 heures. Mais à Kinshasa, le temps politique a ses propres lois, souvent dictées par l’opportunisme de ceux qui tiennent le perchoir.
Le report, cette arme fatale
L’élu de Kisangani ne décolère pas. Pour Lady Yangotikala, le constat est sans appel : le report de la plénière à une date ultérieure n’est rien d’autre qu’une manœuvre dilatoire visant à « étouffer » sa démarche. Une question se pose alors : dans une démocratie digne de ce nom, comment peut-on entraver l’action d’un député dont la mission constitutionnelle est de contrôler l’exécutif ?
L’obstruction peut prendre plusieurs visages :
- Le flou calendaire : En reportant sine die une séance, le bureau de l’Assemblée joue la montre, espérant que l’indignation s’essouffle ou que les alliances se fissurent.
- Le verrouillage administratif : Multiplier les préalables techniques pour retarder le débat de fond.
- La pression politique : Dans les coulisses, les négociations vont bon train pour convaincre les signataires de retirer leur soutien.
Le contrôle parlementaire en otage ?
Le ministre Jacquemain Shabani, figure de proue de l’appareil sécuritaire, semble pour l’instant protégé par le bouclier du Bureau. Mais ce type d’esquive fragilise l’institution. Lorsque le temple de la démocratie devient le lieu où l’on verrouille le débat plutôt que de l’ouvrir, c’est la confiance du citoyen qui s’érode.
Si le droit de l’opposition ou des députés indépendants à interpeller les membres du gouvernement est systématiquement court-circuité par des artifices procéduraux, la motion de défiance — ce levier sacré — ne devient qu’un simple bout de papier sans portée réelle.
L’INFO EN CHIFFRES
48 heures : C’est le délai réglementaire théorique entre le dépôt d’une motion et son examen. Un délai qui, ce mercredi, a été balayé d’un revers de main par les impératifs du Bureau.
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Salomon BIMANSHA
