
C’est un mal congolais qui ne dit plus son nom, une pathologie du pouvoir où le bulletin de vote a des airs de bon de commande. En République démocratique du Congo, la politique n’est plus une vocation, encore moins un sacerdoce ; elle est devenue la plus rentable des start-ups. Dans ce vaste théâtre d’ombres, l’idéologie est un luxe que personne ne peut plus s’offrir. Ici, on ne sert pas l’État, on se sert d’un siège comme d’un actif financier.
Le politicien-entrepreneur
Le constat est cinglant : la marchandisation de la sphère politique a engendré une véritable précarité éthique. Pour toute une classe de dirigeants, le mandat électif est perçu comme un investissement à court terme qu’il faut rentabiliser coûte que coûte. Agissant comme de véritables entrepreneurs de leur propre carrière, ces « honorables » ne calculent plus en termes de bien commun, mais en termes de dividendes. Le Parlement ? Une bourse de valeurs. Le ministère ? Une franchise commerciale.
Le vertige de la transhumance
Conséquence directe de ce cynisme ambiant : la transhumance politique est devenue le sport national. Puisque la survie dépend de l’accès à la « mangeoire », les convictions sont les premières sacrifiées sur l’autel de l’opportunisme. On change de camp comme de chemise, avec une souplesse vertébrale qui forcerait l’admiration si elle n’était pas si tragique pour la démocratie.
S’accrocher à tout système, peu importe sa moralité ou son bilan, est devenu la règle d’or. Pour ces professionnels de la survie, l’important n’est pas de diriger, mais de ne jamais quitter le sillage du pouvoir, ce seul et unique mécanisme capable de garantir le maintien des privilèges.
Le naufrage des idées
Cette « business-politique » laisse le peuple sur le rivage. Car lorsque le débat d’idées s’efface derrière la gestion de portefeuille, c’est l’avenir de tout un pays qui s’atrophie. À force de transformer la gestion publique en un simple exercice de survie financière, la classe politique congolaise prend le risque de vider la fonction de sa substance.
Il reste alors cette question brûlante : que restera-t-il de la nation quand le dernier politicien aura fini de vendre ses convictions au plus offrant ? La RDC mérite mieux que des boutiquiers du pouvoir ; elle attend des bâtisseurs. Mais pour cela, il faudrait que la politique cesse enfin d’être le métier de ceux qui n’en ont pas.
Salomon BIMANSHA
