
Par notre envoyé spécial à Yaoundé.
C’est un ballet millimétré, une course contre la montre sous le soleil de l’équateur. À peine les poussières du Sahara algérien secouées de sa soutane blanche, le pape Léon XIV a foulé le tarmac de l’aéroport de Yaoundé-Nsimalen ce mercredi 15 avril. Entre Alger et Luanda, le souverain pontife s’offre une escale de trois jours au Cameroun, « l’Afrique en miniature », dans un climat où la ferveur religieuse dispute la vedette à une fin de règne qui n’en finit pas.
Une longévité, deux destins
Il y a des chiffres qui donnent le tournis. Alors que Léon XIV entame la deuxième étape de sa tournée africaine, il s’apprête à rencontrer un homme dont la longévité au pouvoir défie les lois de la science politique : Paul Biya.
À 93 ans, dont 43 passés à la tête de l’État, le président camerounais s’apprête à recevoir son quatrième pape. De Jean-Paul II (1985 et 1995) à Benoît XVI (2009), la colline de l’Unité a vu défiler les successeurs de Pierre, tandis que le locataire du palais d’Etoudi, lui, restait immuable.
« Recevoir quatre papes sous un seul mandat n’est plus une performance diplomatique, c’est un record historique », s’amuse un observateur de la zone Afrique centrale.
Entre diplomatie et urgence sociale
Si l’accueil s’annonce grandiose — les chorales de Yaoundé répétant depuis des semaines sous une chaleur de plomb — les dossiers sur la table du Saint-Père sont brûlants :
- La crise anglophone : Malgré un calme relatif, les cicatrices des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest restent vives. Le Vatican, médiateur de l’ombre, pourrait de nouveau appeler au « dialogue sincère ».
- La montée des extrémismes : Dans le Grand Nord, la menace résiduelle de Boko Haram continue d’inquiéter une Église locale très engagée sur le terrain humanitaire.
- La transition politique : Dans les salons feutrés de la capitale, on scrute le moindre mot du Pape sur la justice sociale ou la paix civile, y voyant des messages subliminaux adressés à une classe politique en pleine incertitude successorale.
Cap sur l’Angola
Léon XIV ne s’attardera pas. Dès le 18 avril, il s’envolera pour Luanda, troisième acte de ce périple continental. En attendant, Yaoundé s’est parée de jaune et de blanc. Pour quelques jours, les querelles partisanes s’effacent derrière la figure du « Saint-Père », même si, derrière les sourires officiels, chacun sait que cette visite marque la fin d’une époque.
Pour Paul Biya, c’est une onction diplomatique de plus. Pour le peuple camerounais, c’est peut-être l’espoir d’un souffle nouveau, venu de Rome, avant que l’avion papal ne disparaisse à nouveau dans les nuages de l’Atlantique Sud.
