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L’Épopée Akarasis : L’homme qui transforme le fufu et la brique en souveraineté congolaise

De la logistique minière à la tech routière, en passant par l’agroalimentaire militaire, ce self-made-man de 43 ans bouscule les codes du business à Kinshasa. Portrait d’un entrepreneur obsessionnel pour qui le chaos kinois n’est rien d’autre qu’un gisement d’opportunités.

À Kinshasa, la mégapole aux dix-sept millions d’âmes, certains voient des embouteillages monstres, des défis logistiques insurmontables et une dépendance alimentaire chronique. Dan Akarasis, lui, y voit des lignes de crédit, des cités modernes et des millions de ventres à nourrir. À 43 ans, ce natif de Kindu incarne cette nouvelle garde d’entrepreneurs africains décomplexés, formés aux marchés globaux, mais résolus à ancrer leurs capitaux et leur génie sur le sol national.



Son leitmotiv ? Prouver que la République démocratique du Congo (RDC) n’est pas qu’un simple réservoir de matières premières pour multinationales en quête de cobalt, mais un laboratoire d’innovations locales. Rencontre avec un bâtisseur qui a fait du patriotisme économique son meilleur argument de croissance.

L’école du terrain : du cuivre à la poubelle publique

Rien ne prédestinait pourtant ce diplômé en Business and Development de l’International Christian University (promotion 2004) à devenir le couteau suisse de l’économie kinoise. En 2006, c’est à Nairobi que le jeune Akarasis fait ses premières armes. Dans la fournaise de la plaque tournante est-africaine, il s’improvise courtier international, négociant l’exportation de cuivre et de diamants du Katanga et du Maniema vers l’Occident et le Moyen-Orient.

Mais le trading de matières premières laisse un goût d’inachevé à cet esprit libre. Grandir au Congo, c’est intégrer très tôt que l’urgence est ailleurs. Dès 2007, il bifurque vers l’impact social avec Rent a Bin, louant plus de 2 000 poubelles publicitaires aux entreprises kényanes. Un coup d’essai qui tape dans l’œil des Forces Armées de la RDC (FARDC) et donne naissance au projet d’assainissement Petola.

Après un détour de quatre ans par Cape Town à la tête de Hourglass Trading, où il orchestre l’importation de technologies minières de pointe pour des géants comme Tenke Fungurume, Dan Akarasis tranche. « Miner la terre, c’est bien. Nourrir et loger les hommes, c’est plus grand », se répète-t-il. En 2014, il boucle ses valises. Direction Kinshasa.

La révolution « Rakaraka » : nourrir l’armée pour structurer le pays

De retour dans la capitale, le constat est cruel : la sécurité alimentaire est un défi de chaque instant. Akarasis commence par importer des produits fins et des vins sud-africains, avant de structurer sa vision en 2016 avec Hourglass Trading Congo (HTC). Son coup de maître ? Décrocher l’agrément du Ministère de la Défense pour s’attaquer à la ration du soldat.

C’est la naissance de Rakaraka, un fufu de maïs précuit instantané, prêt en une minute chrono. Une révolution pour le quotidien des troupes. Entre 2017 et 2021, HTC livre des centaines de milliers de rations de combat au front. Mais l’homme d’affaires refuse la posture du simple fournisseur. En 2022, il lance l’initiative To Leyisa Mboka (« Nourrissons le pays »). L’objectif est presque politique : apprendre aux militaires à produire ce qu’ils consomment. À Maluku, plus de 2 500 familles de soldats sont formées à l’élevage porcin. La dépendance se transforme en résilience agro-pastorale.

Le pari de la brique et de l’octet

Aujourd’hui, Dan Akarasis change d’échelle. Pour lui, l’indépendance d’un ménage commence par un toit propriétaire. Devenu le facilitateur immobilier des fonctionnaires et des forces de l’ordre, il lance la saga Bana Mboka, un projet titanesque de cités modernes aux standards internationaux visant à loger plus de 15 000 personnes d’ici 2030.

Et le calendrier s’accélère. Dès ce mois de juillet 2026, la première phase urbaine s’apprête à éclore à Kindobo (N’sele) sur plus de 1 000 terrains déjà vendus. À Mbumi, des milliers de parcelles sortent de terre pour les agents de l’État, tandis qu’un partenariat d’envergure se dessine avec la Police Nationale pour ériger 3 000 logements et une ville nouvelle de 5 000 maisons préfabriquées à Maluku.

L’obsession Akarasis : Connecter la brique à la technologie pour fluidifier l’économie réelle.

Pour cofinancer ces chantiers pharaoniques, l’entrepreneur a mis au point un écosystème numérique redoutable :

PCR Congo (www.pcrcongo.net) : Une fintech de digitalisation routière permettant le paiement transparent des contraventions, dont les flux viennent cofinancer les projets immobiliers de la police et de l’armée.

Moteki (www.moteki.tech) : Un parc micro-industriel de 100 hangars à Maluku, développé avec l’INPP, destiné à offrir un emploi à 10 000 jeunes.

GeniKongo & Pamooja : Deux plateformes de crowdfunding conçues pour monétiser le savoir de la jeunesse congolaise et réinventer l’entraide médicale.

De la mine à la tech, du fufu instantané aux cités intelligentes, Dan Akarasis applique la même méthode : identifier un point de friction systémique, y apporter une réponse industrielle locale, et s’appuyer sur la confiance des institutions pour changer d’échelle. Une trajectoire à haute valeur ajoutée, qui démontre que l’émancipation africaine ne se décrète pas dans les colloques internationaux : elle se bâtit, une brique après l’autre, sur le terrain.

SALOMON BIMANSHA

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