
ANALYSE. L’exercice était périlleux, le résultat est accablant. Sur le plateau de TV5 Monde, la Première ministre congolaise a offert, malgré elle, un cas d’école de ce qu’il ne faut jamais faire en communication de crise. Récit d’un rendez-vous manqué.
Par l’un de nos experts en stratégie de communication
C’est une règle d’or dans les hautes sphères de l’État : le silence est d’argent, mais l’impréparation est de plomb. En s’asseyant face aux caméras internationales, Judith Suminwa Tuluka ne jouait pas seulement sa propre image, mais la stature de la République Démocratique du Congo. Pourtant, ce qui devait être une démonstration de maîtrise s’est mué en un flottement symptomatique d’une faillite stratégique en coulisses.
Le vide sidéral du briefing
Le sujet était pourtant « sur la table » : l’expulsion de migrants depuis les États-Unis vers Kinshasa. Un dossier au carrefour de l’humanitaire, de la diplomatie et de la sécurité nationale.
La faute est lourde. Comment une équipe de communication peut-elle laisser son chef de gouvernement ignorer les chiffres précis, les nationalités ou la durée de séjour des personnes concernées ? En bafouillant un « si mes souvenirs sont bons », la Première ministre a laissé s’engouffrer le doute. Sur les dossiers régaliens, la mémoire ne peut être une option ; elle doit être une donnée brute, indiscutable.
L’absence de « parapluie » rhétorique
En communication politique, la nature a horreur du vide. Faute de « fiches de langage » efficaces, la Première ministre s’est retrouvée sans porte de sortie.
« Dire que l’on ne sait pas, c’est admettre que l’on ne gouverne pas. »
L’équipe aurait dû verrouiller des éléments de langage permettant de botter en touche avec élégance : « Le dossier est en cours d’instruction, nous communiquerons les détails officiels sous 24 heures. » Au lieu de cela, le tâtonnement a été interprété par l’opinion comme de l’incompétence pure et simple.
Le langage du corps, ce traître
Le média training semble avoir été le grand oublié de cette préparation. Au-delà des mots, c’est le langage non-verbal qui a achevé de convaincre les sceptiques.
- Regard fuyant
- Gestuelle nerveuse
- Silences pesants
Chaque seconde d’hésitation a été du pain béni pour les réseaux sociaux, notamment TikTok, où les opposants s’en donnent à cœur joie pour ponctuer ses silences de commentaires acerbes. Une posture d’autorité ne s’improvise pas, elle se travaille au chronomètre.
Conclusion : Leçons d’un naufrage
Le problème n’est pas tant le manque d’information brute que l’incapacité de l’appareil de la Primature à encadrer la parole publique. En politique, l’incertitude est le premier symptôme d’une faille de gouvernance.
Pour Judith Suminwa, le défi n’est plus seulement de gérer les dossiers de la RDC, mais de prouver qu’elle dispose d’une garde rapprochée capable de la protéger du « direct ». Car sur la scène internationale, on ne pardonne pas à un chef de gouvernement de ne pas savoir ce qui se passe sur son propre sol.
Théophile Tuakabiangana
