Le temps n’a pas de prise sur les rois. Dix ans déjà que la voix de cristal s’est tue, en plein vol, sur cette même terre de Côte d’Ivoire. Aujourd’hui, le quartier populaire d’Anoumabo ne pleure plus son idole : il le célèbre. En marge du FEMUA (Festival des Musiques Urbaines d’Anoumabo), l’émotion était palpable pour cet anniversaire qui dépasse le simple cadre musical.
Le « Vieux Bokul » entre dans la pierre

Ce n’est pas seulement un souvenir, c’est désormais une adresse. Jules Shungu Wembadio Pene Kikumba, dit Papa Wemba, fait officiellement partie du cadastre de la lagune Ébrié. Dans une cérémonie empreinte d’une solennité rare, l’icône de la rumba congolaise a été élevée au rang de citoyen d’honneur de la commune de Marcory.

Mais le symbole le plus fort reste l’inauguration de la « Rue Papa Wemba ». Une artère qui porte le nom de celui qui a érigé la sape au rang d’art et la rumba au rang de patrimoine mondial.
Pourquoi cet hommage est historique :
- Le devoir de mémoire : C’est sur cette scène du FEMUA, en 2016, que le « Chef coutumier du village Molokaï » a tiré sa révérence, micro en main.
- Le pont culturel : Cet acte scelle l’union indéfectible entre Kinshasa et Abidjan. Papa Wemba n’est plus seulement congolais, il est africain, il est universel.
- L’héritage de la Sape : Au-delà de la note bleue, c’est l’élégance et la dignité que Marcory a voulu honorer.
« On ne meurt vraiment que lorsque plus personne ne prononce votre nom. À Anoumabo, Wemba vivra pour l’éternité. » — Un festivalier ému.
Une légende qui ne s’éteint jamais

Dix ans après, le constat est sans appel : la rumba ne s’est pas tue. Elle s’est transformée, elle a infusé les nouvelles générations, mais elle garde toujours ce parfum d’éternité laissé par le « Vieux Bokul ». En donnant son nom à une rue, Marcory s’assure que chaque passant, chaque enfant du quartier, marchera dans les pas d’un géant.
Le Roi est mort, vive le Roi. Et à Anoumabo, le trône reste intact.
Salomon BIMANSHA











