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RDC-MONUSCO : Derrière le dossier FDLR, la stratégie de la distraction permanente

C’est une ritournelle que les Congolais connaissent par cœur, un disque rayé qui tourne sur le gramophone de la diplomatie internationale depuis plus de deux décennies. , envoyé spécial intérimaire du Secrétaire général de l’ONU, vient de l’affirmer une nouvelle fois : le dossier des Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) reste une « priorité » pour la MONUSCO et la communauté internationale.

Une déclaration qui, dans les salons feutrés de la Gombe comme dans les rues poussiéreuses de Goma, provoque au mieux un haussement d’épaules, au pire un rire amer. Car derrière ce mot, « priorité », se cache l’immobilisme le plus total.

Vingt ans de « Sisyphus » diplomatique

Depuis 1999, la mission de l’ONU — d’abord MONUC, puis MONUSCO — martèle le même narratif. On nous parle de désarmement, de rapatriement, de processus de Luanda ou de Nairobi. Pourtant, sur le terrain, l’équation semble défier les lois de la logique mathématique.

Comment un groupe armé, officiellement traqué par la plus importante mission de maintien de la paix au monde et par les Forces Armées de la RDC (FARDC), peut-il encore servir de pivot central à toutes les crises sécuritaires de la région après 25 ans ?

L’alibi parfait

Pour Kigali, les FDLR sont l’argument sécuritaire inépuisable, le « bouton panique » que l’on presse pour justifier des incursions sur le sol congolais ou le soutien à diverses rébellions, dont le M23. Pour Kinshasa, leur présence est souvent brandie comme la preuve d’une ingérence étrangère permanente.

Mais pour le peuple congolais, les FDLR sont devenues une distraction tragique. Pendant que l’on disserte à New York ou à Addis-Abeba sur le sort de quelques centaines de combattants vieillissants, les véritables enjeux — le pillage des ressources minières, l’absence d’autorité de l’État et la souffrance des déplacés — passent au second plan.

« On nous ressert la même soupe froide depuis deux décennies. À force de dire que tout est priorité, plus rien ne l’est vraiment. » — Un analyste politique basé à Kinshasa.

Une MONUSCO en fin de bail ?

Alors que le retrait de la mission onusienne est entamé, ce rappel de James Swan sonne comme une tentative désespérée de justifier un bilan sécuritaire plus que mitigé. Si les FDLR sont toujours une « priorité » aujourd’hui, qu’a fait la communauté internationale avec les milliards de dollars engloutis depuis vingt ans ?

Le risque est clair : maintenir la RDC dans un état de statu quo permanent. Un état où le discours remplace l’action, et où les victimes civiles sont les figurants d’une pièce de théâtre géopolitique dont le script n’a pas changé d’une virgule depuis le tournant du millénaire.

Il serait peut-être temps de changer de disque. Car en RDC, la distraction ne fait plus rire personne ; elle tue.

Salomon BIMANSHA

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