EXCLUSIF. Le ministre de l’Économie, Daniel Mukoko Samba, siffle la fin de la récréation. Un nouveau décret sanctuarise le petit commerce pour les nationaux et impose un délai de six mois aux opérateurs étrangers pour s’ajuster. Décryptage.
C’est un serpent de mer qui refait surface, mais avec, cette fois, les dents de la loi. En République Démocratique du Congo, le secteur du commerce intérieur s’apprête à vivre un séisme administratif. Le vice-Premier ministre en charge de l’Économie nationale, Daniel Mukoko Samba, vient d’annoncer l’entrée en vigueur d’un décret crucial encadrant le petit commerce et le commerce de détail.
L’objectif affiché est limpide : protéger le pouvoir d’achat et l’entrepreneuriat local face à une concurrence étrangère souvent jugée déloyale dans les secteurs les plus basiques de l’économie.
Le « pré carré » congolais réaffirmé

Le texte ne fait pas dans la dentelle. Il s’agit de remettre de l’ordre dans un marché où les frontières entre grossistes, détaillants et petits vendeurs étaient devenues dangereusement poreuses. La règle d’or est désormais gravée dans le marbre :
- Le petit commerce et le commerce de détail : Réservés exclusivement aux Congolais.
- Le commerce de détail spécialisé à « forte intensité de capital » : Reste ouvert aux investisseurs étrangers, mais sous des conditions drastiques fixées par arrêté interministériel.
En clair, le boutiquier de quartier ou le détaillant de produits de première nécessité ne pourra plus être un sujet étranger. Le gouvernement entend ainsi recréer une classe moyenne nationale en verrouillant l’accès aux activités à faible barrière d’entrée.
Un ultimatum de six mois
Le ministre Mukoko Samba ne joue pas l’affrontement brutal, mais la méthode douce… avec un compte à rebours. Les opérateurs économiques ont exactement six mois pour se conformer. Passé ce délai, les sanctions devraient tomber.

« Ces textes s’inscrivent dans la volonté du Gouvernement de garantir un environnement économique plus structuré, équitable et sécurisé », précise le communiqué du ministère.
Pour éviter le chaos organisationnel, un dispositif de vulgarisation va être déployé sur tout le territoire. Il s’agit d’accompagner les acteurs économiques pour que cette transition ne se transforme pas en rupture d’approvisionnement.
Les enjeux : Moderniser sans isoler
Le défi est de taille pour Kinshasa. Si la mesure est applaudie par les syndicats de commerçants congolais, elle pose la question de la capacité des nationaux à reprendre immédiatement les parts de marché laissées par les expatriés, notamment dans les chaînes logistiques complexes.
En distinguant le commerce « de détail classique » du commerce « spécialisé à fort capital », le gouvernement tente un équilibre subtil : rassurer les grands investisseurs internationaux (ceux des centres commerciaux et de la haute technologie) tout en rendant aux Congolais les clés de l’économie de proximité.
Reste une interrogation : l’administration aura-t-elle les moyens de sa politique ? Entre la signature d’un décret et son application réelle sur les étals de Kinshasa, Lubumbashi ou Goma, le chemin est souvent semé d’embûches bureaucratiques. Daniel Mukoko Samba, lui, semble déterminé à faire de ce dossier le marqueur de son passage à l’Économie.
Salomon BIMANSHA











