DÉCRYPTAGE. Le ministre du Commerce extérieur muscle les laboratoires de l’Office congolais de contrôle (OCC) et s’apprête à dégainer un logiciel de détection contre les produits frelatés. Objectif : restaurer la confiance et conquérir les marchés.
Dans la guerre économique silencieuse que se livrent les nations africaines pour capter les flux de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf), la République démocratique du Congo vient de pousser ses pions sur un échiquier crucial : celui de la conformité et de la qualité.
À la manœuvre, le ministre du Commerce extérieur, Julien Paluku Kahongya. Ce dernier vient de doter les laboratoires de l’Office congolais de contrôle (OCC) de Kinshasa, de Matadi (le poumon portuaire du pays) et de Kalemie d’équipements technologiques de pointe. Derrière cette opération de modernisation technique se cache une stratégie politique bien plus vaste : ériger une barrière technologique pour protéger le consommateur congolais, tout en offrant un passeport de crédibilité international aux produits estampillés « Made in DRC ».
Le laboratoire, nerf de la guerre commerciale
Pendant des décennies, la RDC a souffert d’un déficit chronique d’infrastructures de certification. Faute de laboratoires de niveau international, le pays s’est retrouvé dans une double impasse : d’un côté, une vulnérabilité totale face aux importations de produits de piètre qualité, voire dangereux ; de l’autre, l’incapacité pour ses entrepreneurs locaux d’exporter leurs marchandises, régulièrement rejetées aux frontières européennes ou régionales faute de normes reconnues.
En ciblant l’axe stratégique Kinshasa-Matadi-Kalemie, Julien Paluku s’attaque aux principaux points d’entrée et de sortie des marchandises. Moderniser l’OCC, ce n’est pas seulement équiper des techniciens en blouses blanches ; c’est armer les douanes congolaises face aux flux mondialisés.
« Sans certification rigoureuse, il n’y a pas de compétitivité possible », décrypte un expert en commerce international à Kinshasa. « Si le « Made in DRC » veut cesser d’être un slogan politique pour devenir une réalité économique, il doit d’abord être synonyme de qualité irréprochable. C’est ce verrou que le ministère tente de faire sauter. »
L’arme numérique : un algorithme contre les faux médicaments
Mais le véritable coup d’éclat de cette réforme est à venir. Selon les couloirs du ministère, l’exécutif s’apprête à lancer un logiciel de pointe spécifiquement conçu pour la détection des produits pharmaceutiques et cosmétiques non conformes.
En Afrique subsaharienne, le marché des faux médicaments et des cosmétiques toxiques (notamment les produits de dépigmentation cutanée contenant du mercure ou des corticoïdes) est un fléau de santé publique doublé d’un fléau financier. Ce nouvel outil numérique permettra aux agents de l’OCC de scanner, d’analyser et de bloquer en temps réel les cargaisons suspectes avant même qu’elles n’inondent les marchés de Kinshasa ou de l’intérieur du pays.
Avec cette offensive numérique et industrielle, Julien Paluku tente de faire passer le commerce congolais à l’ère de la modernité. Reste désormais le défi de la gouvernance : ces équipements de pointe et ces algorithmes anti-fraude ne vaudront que par la rigueur des hommes chargés de les manipuler. Le pari est lancé.
Salomon BIMANSHA











