ANALYSE. Réunie au sein de la nouvelle « Coalition Article 64 », la fine fleur de l’opposition congolaise signe un manifeste au vitriol contre le pouvoir et décrète une résistance constitutionnelle face aux velléités de révision légale.
C’est un texte qui résonne comme un tambour de guerre dans le ciel politique de Kinshasa. Datée du 19 mai 2026, la « Déclaration politique de la Coalition Article 64 » (C64) acte une rupture définitive entre le régime de Félix Tshisekedi et une frange majeure des forces politiques et sociales de la République démocratique du Congo. En paraphant ce document de cinq pages, les figures de proue de l’opposition — de Martin Fayulu à Delly Sesanga, en passant par Jean-Marc Kabund ou Dieudonné Bolengetenge — ne se contentent plus de critiquer : ils théorisent et organisent le barrage républicain.
Le réquisitoire d’une « déliquescence »
Le style est chirurgical, l’ambiance crépusculaire. La coalition dresse d’abord un état des lieux sans concession d’un Congo « acculé ». Sécurité exsangue dans l’Est face aux occupations étrangères, misère sociale rampante, restrictions des libertés individuelles… Tout y passe. Mais le cœur du grief est ailleurs : il est institutionnel.






Pour la C64, le pouvoir en place s’est rendu coupable d’une « dérive autoritaire » majeure en agitant le chiffon rouge d’un changement de Constitution. Le texte dénonce pêle-mêle la mise en place du Conseil National de Cyberdéfense (CNC), qualifié de « police politique », et l’entretien de la milice partisane « Forces du progrès ». Le diagnostic de l’opposition est sans appel : Félix Tshisekedi préparerait un « projet de coup d’État constitutionnel pour la perpétuation de son règne ».
Le fétichisme de l’article 220
Face à ce qu’elle qualifie de « rébellion contre la République », l’opposition sort son bouclier ultime : la Constitution du 18 février 2006, présentée comme le « socle de l’unité et de la cohésion nationales ».
Le manifeste rappelle avec force les verrous intangibles de l’article 220 — le nombre et la durée des mandats présidentiels, le suffrage universel, le pluralisme politique — qu’aucune révision, aucun référendum, ne saurait légalement faire sauter. Plus incisifs encore, les signataires rappellent l’interdiction stricte de toute révision constitutionnelle en période d’état de siège, une réalité qui frappe le Nord-Kivu et l’Ituri depuis maintenant cinq ans.
Le texte de loi : L’article 64 de la Constitution congolaise dispose que « tout Congolais a le devoir de faire échec à tout individu ou groupe d’individus qui prend le pouvoir par la force ou qui l’exerce en violation des dispositions de la présente Constitution ».
852 jours : la démocratie sous montre automatique
La véritable innovation de cette déclaration réside dans son article 10, qui prend la forme d’un ultimatum chronométré. La coalition brise le flou artistique des calendriers politiques en lançant un décompte public : au 19 mai 2026, il reste précisément 852 jours avant la convocation du corps électoral pour la présidentielle de 2028.
En activant ce « compte à rebours démocratique », la Coalition C64 pose des lignes rouges hautement inflammables :
- Le refus du glissement : Félix Tshisekedi est décrété comme étant dans son « second et dernier mandat ». À son échéance, il devra quitter le pouvoir « de gré ou de force ».
- Le casus belli parlementaire : L’alignement en plénière à l’Assemblée nationale de la proposition de loi référendaire sera considéré par l’opposition comme « une déclaration de guerre ».
- L’appel à la rue : Un appel solennel est lancé à la « vigilance citoyenne » et à la mobilisation permanente pour des actions pacifiques.
En jetant les bases de la Coalition Article 64, l’opposition congolaise tente d’unifier ses troupes et de cristalliser la grogne sociale autour d’un combat purement légaliste. Reste à savoir si ce front commun, matérialisé par des dizaines de signatures au bas du document, saura tenir la distance face à l’appareil d’État, ou si Kinshasa s’achemine lentement, mais sûrement, vers une nouvelle crise politique majeure.
Théophile Tuakabiangana











