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Le général Likulia, dernier Premier ministre de Mobutu, est mort

PORTRAIT. Discret, d’une courtoisie de fer et d’une rigueur de juriste, il incarnait les derniers feux d’un régime à l’agonie. Norbert Likulia Bolongo s’est éteint ce jeudi 25 juin à Paris, à l’âge de 87 ans. Avec lui, c’est un pan entier de l’histoire tumultueuse de la République démocratique du Congo (ex-Zaïre) qui s’assombrit, celle des ultimes convulsions du mobutisme face à la déferlante rebelle de Laurent-Désiré Kabila.

Pour l’Histoire, il restera le « dernier Premier ministre du Maréchal ». Un titre en forme de cadeau empoisonné, reçu le 9 avril 1997. À cette date, le pouvoir de Mobutu Sese Seko ne tient plus qu’à un fil. Kinshasa tremble, l’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) est aux portes de la capitale, et le « Léopard » de Gbadolite, rongé par la maladie, cherche un homme à poigne pour tenter l’impossible conciliation. Ce sera Likulia. Son gouvernement de crise ne tiendra que trente-sept jours, jusqu’au 16 mai 1997, veille de la chute définitive du régime.

Le sabre et la plume

Rien ne prédestinait pourtant ce natif de Basoko, petite localité de la Province orientale où il vit le jour le 8 juillet 1939, à jouer les fossoyeurs d’un empire en décomposition. Likulia Bolongo était un paradoxe vivant : un homme de troupes qui préférait le calme des bibliothèques au fracas des armes.

Grand intellectuel sous l’uniforme, il mène une double carrière brillante :

  • Le juriste émérite : Docteur en droit, professeur d’université reconnu, il est l’auteur d’ouvrages de référence sur le droit pénal militaire zaïrois.
  • Le haut gradé : Général d’armée, il grimpe tous les échelons de la hiérarchie militaire, devenant notamment Secrétaire d’État à la Défense nationale, puis ministre de la Défense.

Dans un régime souvent critiqué pour son népotisme et ses approximations, Likulia détonnait par sa rigueur et son profil de technocrate en treillis. Il était de ceux qui pensaient que l’ordre martial devait s’aligner sur la rigueur de la loi.

Le témoin du naufrage

Quand il prend les rênes de la primature en avril 1997, succédant à l’éternel opposant Étienne Tshisekedi dans un ultime jeu de chaises musicales, Likulia sait la partie perdue. Le pays est exsangue, l’armée zaïroise (FAZ) est en déroute. Pourtant, il gère la transition avec une dignité saluée par ses pairs, évitant un bain de sang inutile dans une capitale au bord de l’implosion.

Après la chute de Mobutu, commence pour lui le temps de l’exil, de la réflexion et, plus tard, d’un retour discret sur la scène politique congolaise, sans jamais retrouver la lumière des années de pouvoir.

En s’éteignant sur la rive gauche de la Seine, loin de son fleuve Congo natal, le général-professeur emporte avec lui les secrets d’une époque de fastes, de drames et de transitions manquées. Un serviteur de l’État s’en va.

Paix à son âme.

Salomon BIMANSHA

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