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Le jour où le Katanga a fait sécession : hold-up géologique ou pari fou ?

HISTOIRE. Le 11 juillet 1960, à peine onze jours après l’indépendance chaotique du Congo belge, le leader katangais Moïse Tshombé proclamait la sécession de sa riche province minière. Retour sur un schisme qui allait plonger l’Afrique centrale dans la guerre froide.

C’était un secret de Polichinelle qui allait embraser le cœur de l’Afrique. Nous sommes le 11 juillet 1960. Depuis onze jours seulement, la République démocratique du Congo célèbre, dans la ferveur et l’incertitude, son affranchissement de la tutelle coloniale belge. À Léopoldville (aujourd’hui Kinshasa), le Premier ministre Patrice Lumumba tente tant bien que mal de maintenir l’unité d’un territoire gigantesque et déjà miné par les mutineries de l’armée. À Élisabethville (Lubumbashi), un homme décide de porter le coup de grâce à ce fragile édifice : Moïse Tshombé.

Ce jour-là, il y a soixante-six ans, le président provincial du Katanga franchit le Rubicon en proclamant unilatéralement l’indépendance de sa province. Une sécession qui ne doit rien au hasard et tout à la géologie. Le Katanga, c’est le coffre-fort du Congo : un scandale géologique regorgeant de cuivre, de cobalt et d’uranium.

L’ombre portée de l’Union Minière

Pour comprendre le coup de force de Tshombé, il faut suivre l’argent. Derrière le leader de la Conakat (Confédération des associations tribales du Katanga), se dessine l’ombre gigantesque de la Belgique officielle et, surtout, de la puissante Union Minière du Haut-Katanga (UMHK). Pour la haute finance bruxelloise et les colons restés sur place, pas question de laisser ce gâteau d’or noir et rouge tomber entre les mains du nationaliste Lumumba, jugé trop proche de Moscou en ces temps de guerre froide.

Tshombé, habile tacticien au sourire hollywoodien, se présente en rempart contre le « chaos communiste ». En quelques semaines, avec l’aide de conseillers militaires belges et le recrutement massif de mercenaires occidentaux — les fameux « affreux » —, il dote le Katanga d’une armée (la gendarmerie katangaise) et d’une monnaie à son effigie.

Le laboratoire des crises modernes

La sécession katangaise va transformer le Congo en un échiquier sanglant où s’affrontent les superpuissances. Lumumba, furieux, appelle l’ONU à l’aide, avant de se tourner vers l’Union soviétique, signant là son arrêt de mort politique (et physique). Le secrétaire général des Nations unies, Dag Hammarskjöld, y laissera la vie dans un mystérieux crash d’avion en 1961, alors qu’il tentait de négocier une trêve avec Tshombé.

Il faudra trois ans de guerre civile, l’intervention musclée des Casques bleus et l’isolement diplomatique total de l’État katangais pour que Moïse Tshombé capitule en janvier 1963. L’unité du Congo est alors préservée, mais le pays est exsangue, pavant la voie au coup d’État du général Mobutu deux ans plus tard.

Soixante-six ans plus tard, l’épisode du 11 juillet 1960 résonne encore comme le péché originel de l’histoire post-coloniale africaine. Il a inauguré l’ère des ingérences économiques, des guerres par procuration et du nationalisme des ressources. Moïse Tshombé, quant à lui, est resté dans les mémoires africaines comme la figure clivante par excellence : le traître absolu à la cause panafricaine pour les uns, ou le défenseur pragmatique des intérêts de sa région pour les autres. Une fracture mémorielle que le temps n’a toujours pas totalement refermée.

Salomon BIMANSHA

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