Le 2 août, la République démocratique du Congo commémore les victimes d’un massacre à huis clos qui dure depuis un quart de siècle. Entre prédation minière, diplomatie du silence et guerre d’agression, retour sur le concept juridique et politique qui secoue Kinshasa.
C’est un néologisme forgé dans la douleur, mais calibré pour le combat judiciaire et diplomatique. Genocost : contraction de « génocide » et de « cost » (coût, en anglais). Autrement dit, le massacre de populations civiles perpétré non pas sur des bases strictement ethniques ou idéologiques, mais pour le contrôle, l’extraction et la commercialisation illicite de ressources naturelles stratégiques.
En RDC, cette réalité porte une date repère : le 2 août 1998. Ce jour-là, le déclenchement de la « Deuxième Guerre du Congo » basculait l’est du pays dans un cycle ininterrompu de violences, de pillages et de déstabilisation armée. Vingt-huit ans plus tard, la RDC a fait de cette date sa Journée nationale de commémoration du génocide congolais pour des gains économiques.
La géopolitique du sous-sol
Derrière les statistiques vertigineuses — des millions de morts civils, plus de six millions de déplacés internes et des dizaines de milliers de victimes de violences sexuelles utilisées comme arme de guerre —, se cache l’équation économique du Kivu et de l’Ituri. Coltan, cassitérite, or, cobalt : les minerais indispensables à la transition énergétique et aux technologies mondiales constituent le carburant de la tragédie.
« Ce que le Congo subit n’est pas une fatalité atavique, c’est une criminalité économique organisée à l’échelle transfrontalière. »
Les réseaux d’extorsion alimentent des groupes armés locaux, des milices rebelles comme le M23 et des filières de contrebande transfrontalières. Les rapports successifs des experts des Nations unies pointent la traçabilité défaillante de ces minerais de sang, qui finissent par intégrer les chaînes d’approvisionnement des géants mondiaux du numérique et de l’automobile.
De la mémoire au tribunal : l’arsenal congolais
Longtemps cantonné aux milieux militants et à la société civile, le concept de Genocost est devenu le cœur de la doctrine mémorielle et diplomatique Loi n° 22/065 (2022) Inscription du 2 août au calendrier officiel et consécration du statut de victime de crimes contre la paix.
FONAREV Intervention du Fonds national de réparation des victimes pour l’indemnisation et le soutien médical/psychologique.
Plaidoyer à l’ONU Offensive diplomatique visant la reconnaissance internationale du préjudice économique et humain subit par le pays.
Le défi de l’impunité
Reste le verrou le plus difficile à sauter : la justice. Si l’institutionnalisation du Genocost permet d’unifier la mémoire nationale, la matérialisation de poursuites judiciaires internationales contre les commanditaires et les bénéficiaires financiers des pillages piétine encore.
Pour les autorités congolaises comme pour les organisations de la société civile, l’objectif du 2 août ne se limite plus au simple recueillement. Il s’agit de transformer le deuil collectif en un levier d’action judiciaire capable de briser le lien entre prédation financière et massacres de masse.
Salomon BIMANSHA











