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L’ÉCOLE À TOMBEAU OUVERT

NOS ENFANTS NE SONT PAS DES BAGAGES

L’image est devenue banale dans nos rues, et c’est là que réside le drame. Un homme, une moto, et cinq enfants entassés. Ce spectacle quotidien du transport scolaire en RDC est le symbole d’une faillite collective. Enquête sur une roulette russe institutionnalisée.

Le catalogue de l’absurde

Ce que nous voyons chaque matin sur les artères de Kinshasa, de Goma ou de Lubumbashi n’est pas de la « débrouille ». C’est une série de violations flagrantes du Code de la route et, disons-le, du simple bon sens.

  • La roulette russe du nombre : Une moto est conçue pour deux personnes. Ici, six vies dépendent d’un équilibre précaire.
  • Le mépris du choc : Pas un seul casque. En cas de chute, le traumatisme crânien n’est pas une probabilité, c’est une certitude.
  • L’aveuglement au guidon : Des chérubins installés entre le conducteur et le guidon, annulant toute capacité de manœuvre d’urgence.

Le chiffre noir : Si les statistiques officielles manquent cruellement d’actualisation, les services d’urgence des grands hôpitaux congolais tirent régulièrement la sonnette d’alarme : les accidents de « Wewa » (motos-taxis) impliquant des mineurs sont en constante augmentation.

L’insoutenable passivité de l’État

Madame la Première ministre Judith Suminwa, Monsieur le ministre des Transports Jean-Pierre Bemba, Messieurs les gouverneurs de province : l’heure n’est plus aux grands discours de salon.

Comment la Police de circulation routière (PCR) peut-elle laisser passer de tels « shinkolobwe » humains sous ses yeux (parfois en échange d’un billet de banque) pendant qu’elle traque avec zèle les automobilistes pour un défaut de vignette ? Où sont les sanctions pour les parents qui, par démission ou par désespoir, confient leur progéniture à ces pilotes de l’extrême ?

Le miroir brisé du développement

Au-delà du risque physique immédiat, cette anarchie sur deux roues envoie un message dévastateur au reste du monde. Elle dépeint un pays où la vie humaine semble n’avoir que peu de valeur marchande, où le chaos est érigé en système.

Nous ne pouvons pas prétendre au statut de « géant au cœur de l’Afrique » tout en acceptant que nos futurs cadres, médecins et ingénieurs risquent leur vie chaque matin pour apprendre à lire et à écrire. Il est temps de mettre fin à cette norme de l’absurde. Pour que le Congo de demain existe, il doit arriver à l’école vivant aujourd’hui.

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Pour sortir de cette sauvagerie routière, l’exécutif doit actionner trois leviers sans tarder :

  1. La création de véritables lignes de bus scolaires publiques ou subventionnées pour offrir une alternative crédible aux parents.
  2. La tolérance zéro sur la voie publique : Saisie immédiate de toute moto transportant plus d’un passager, d’autant plus s’il s’agit d’enfants.
  3. La responsabilisation pénale des parents et des conducteurs en cas de mise en danger délibérée de la vie d’autrui.

Salomon BIMANSHA

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