Décidément, la question des droits d’auteur est en train de secouer de fond en comble la scène musicale congolaise. Quelques jours seulement après la très médiatisée affaire opposant Flamme Kapaya à Werrason, c’est au tour d’un autre pilier de l’ombre de monter au créneau. Brian Solo, l’ancien guitariste soliste virtuose de l’orchestre Cultur’A Pays Vie, réclame désormais ses droits à son ex-patron, Félix Wazekwa, pour sa contribution décisive sur le mythique tube « Fimbu », sorti il y a 11 ans.
Le « chicoteur » à son tour au cœur de la tempête
Véritable phénomène de société et devenu l’hymne informel de célébration des Léopards de la RDC, le morceau « Fimbu na Fimbu » a fait danser des millions de personnes à travers le continent et au-delà. Mais derrière ce triomphe, l’histoire semble bégayer.
Brian Solo, qui a assuré la partition de la guitare solo l’épine dorsale mélodique de ce titre ultra-populaire , estime aujourd’hui qu’il est temps que justice lui soit rendue. Longtemps resté dans l’ombre et après une longue période de patience, l’artiste ne compte plus se taire. Il affirme n’avoir jamais perçu la part qui lui revenait de droit sur l’exploitation de cette œuvre collective, qui continue de générer d’importants revenus, notamment via les plateformes numériques et les multiples événements sportifs ou culturels.
« Ba noko balamuki » : la révolte des instrumentistes
Le cas de Brian Solo s’inscrit dans un mouvement de prise de conscience généralisé au sein de l’univers de la rumba et du ndombolo. Surnommés affectueusement « ba noko » (les oncles) ou les maîtres de l’ombre, les instrumentistes et arrangeurs congolais, dont le génie façonne l’identité des plus grands succès, se retrouvent trop souvent exclus de la chaîne des droits d’auteur au profit des seuls chefs d’orchestre.
Selon les proches du dossier, le guitariste réclame la reconnaissance officielle de son statut de co-créateur du morceau et la régularisation de ses royalties. Si les démarches se veulent pour l’instant pacifiques, l’artiste se dit déterminé à employer toutes les voies légales pour obtenir gain de cause, à l’instar de ses confrères qui saisissent désormais la SACEM pour faire débloquer leurs dossiers.
Un pavé dans la mare pour Félix Wazekwa
Pour « l’artiste aux mille maximes », cette réclamation publique est un pavé dans la mare, alors même que la chanson « Fimbu » fait régulièrement l’objet de demandes de distinctions nationales et de remixes. Félix Wazekwa, réputé pour sa rigueur et son franc-parler, devra désormais répondre à cette demande de transparence de la part de l’un de ses plus brillants anciens collaborateurs.
Cette nouvelle affaire remet une fois de plus sur le devant de la scène le besoin urgent de réformer, de structurer et de moraliser la gestion des droits d’auteur en RDC. Pour que la musique congolaise continue de rayonner, il est impératif que ceux qui la fabriquent, de la première à la dernière note, puissent enfin vivre dignement du fruit de leur travail.
Salomon Bimansha












