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Accords Rwanda-RDC : l’an I de la capitulation morale

Édito

Un an. Douze mois jour pour jour après les poignées de main crispées, les sourires de cire sous les plafonds climatisés du département d’État américain et la signature, ce 27 juin 2025, de l’énième « plan de paix historique » de Washington entre Kigali et Kinshasa. À l’époque, l’administration américaine nous vendait le chef-d’œuvre absolu du compromis régional, censé sceller le désarmement des milices, le retrait des troupes rwandaises du Nord-Kivu et la fin du calvaire pour des millions de civils.

365 jours plus tard, l’heure du bilan a sonné. Et le réveil n’est pas seulement brutal : il est tragique. Pour les diplomates en chambre, c’est un camouflet ; pour le million de déplacés de l’Est de la République démocratique du Congo, c’est la confirmation d’une insoutenable vérité : Washington n’a pas produit la paix, mais le paravent de la guerre.

Kigali avance, Kinshasa discourt, l’Est agonise

Qu’est-il resté de ce document gravé dans le marbre des bonnes intentions occidentales, sitôt l’encre séchée ? Rien. Ou plutôt, le pire.

La réalité de 2026 est d’un cynisme absolu :

  • Le double jeu permanent : Sur le terrain, le M23 n’a pas reculé d’un centimètre. Mieux, la rébellion continue d’étendre son emprise territoriale et d’administrer des pans entiers de la province, sous l’œil toujours aussi bienveillant – et à peine dissimulé – de Kigali. Les rapports des experts de l’ONU s’accumulent, identiques, désespérants.
  • L’impuissance érigée en doctrine : À Kinshasa, le pouvoir feint de croire à la diplomatie internationale tout en étant incapable de réformer une armée nationale (FARDC) rongée par les infiltrations et les alliances contre-nature avec des milices locales tout aussi toxiques (les réseaux FDLR ou les « Wazalendo »).
  • Le fiasco américain : Les parrains américains de l’accord, trop occupés à gérer leurs propres convulsions politiques et leurs obsessions moyen-orientales ou asiatiques, ont détourné le regard. L’accord de 2025 n’était qu’un coup de com’ diplomatique pour s’acheter une bonne conscience à moindres frais.

On a confondu la diplomatie du spectacle avec l’art de résoudre un conflit vieux de trente ans. Le surplace est devenu la seule stratégie.

Le grand bal des hypocrites

Ce premier anniversaire met à nu l’immense hypocrisie qui entoure les Grands Lacs. D’un côté, Paul Kagame continue de jouer les chouchous technocratiques de l’Occident, recevant des fonds européens et de l’aide au développement pendant que ses troupes sécurisent les filières d’extraction des minerais de sang juste de l’autre côté de la frontière. De l’autre, Félix Tshisekedi multiplie les déclarations martiales à destination de son opinion publique, tout en signant des textes à Washington qui l’engagent à des concessions qu’il sait pertinemment intenables.

Chacun y trouve son compte, sauf les populations civiles. C’est la politique du pire : maintenir un statu quo fait de bruits et de fureur, où le chaos des uns fait la fortune économique et politique des autres.

En diplomatie, les accords n’engagent que ceux qui y croient. À ce jeu, les Congolais ont payé le prix fort de la naïveté, et les Rwandais le prix de l’impunité.

Perspectives : rompre avec la fiction

Alors, que faire désormais ? Célébrer ce premier anniversaire à coups de communiqués lénifiants appelant « les deux parties à la retenue » et au « respect des engagements » ? Ce serait de la complicité.

L’année qui s’ouvre impose de rompre avec cette fiction de papier. On ne résoudra pas la crise des Grands Lacs par des médiations de façade qui refusent de nommer l’agresseur et d’auditer l’agressé. Soit la communauté internationale et l’Europe en tête, si elle veut encore exister sur ce continent impose de réelles sanctions économiques et d’embargos ciblés sur les filières de minerais qui financent cette guerre, soit elle se condamne à financer éternellement l’aide humanitaire pour réparer les pots cassés de sa propre lâcheté.

Il est temps de troquer l’angélisme de Washington pour le réalisme de la survie. Commémorer l’accord du 27 juin 2025, ce n’est pas fêter un espoir, c’est acter un enterrement de première classe.

THÉOPHILE Tuakabiangana

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