Accueil / Société / Police congolaise : le scandale des matricules fantômes

Police congolaise : le scandale des matricules fantômes

Édito

C’est un coup de pied dans la fourmilière de la gouvernance sécuritaire africaine, un de ces chiffres qui glacent autant qu’ils éclairent. Selon le général Jean-Bosco Galenga, la République démocratique du Congo compterait environ 168 000 policiers. Jusque-là, rien d’anormal pour un géant de la taille d’un continent. L’effroi vient de la suite : 22 % d’entre eux seraient des « passifs ». Traduction en langage de terrain : près d’un quart des effectifs de la Police nationale congolaise (PNC) est aujourd’hui composé de retraités qui n’ont jamais quitté les listes, ou, pire, de citoyens passés de vie à trépas mais dont le matricule, lui, respire encore à pleins poumons financiers.

Si ces données se confirment, nous ne sommes plus face à une simple anomalie administrative, mais devant une faillite systémique de l’État. Comment feindre de s’étonner de l’insécurité chronique qui ronge Kinshasa ou l’Est du pays quand les forces de l’ordre ne sont en partie qu’un mirage comptable ?

Une armée de l’ombre qui coûte cher

Le problème dépasse la simple arithmétique. Maintenir des milliers de « fantômes » budgétaires produit un triple effet dévastateur :

  • Le pillage des ressources : Où vont les soldes versées chaque mois à ces milliers de policiers fictifs ? Elles nourrissent les réseaux de détournement, enrichissant une poignée de profiteurs au détriment de l’intérêt général.
  • La misère du terrain : Pendant que les morts « touchent » leur salaire, les véritables policiers – ceux qui risquent leur vie au quotidien – manquent de tout : équipements de base, formations décentes, et rémunérations à la hauteur de leur mission.
  • Le naufrage de la confiance : Comment demander aux citoyens d’accorder la moindre crédibilité à une institution incapable de savoir qui, parmi ses hommes, est vivant, retraité ou en service ?

Le constat est sans appel : On ne protège pas une population avec des lignes budgétaires détournées et des bases de données obsolètes.

Le temps du grand nettoyage

Il y a urgence. La RDC ne peut plus se payer le luxe de l’opacité. Redresser la barre de la sécurité nationale impose de rompre définitivement avec le laisser-aller.

Le salut passera impérativement par une opération coup de poing d’assainissement du fichier central. Recensement biométrique, numérisation infalsifiable des effectifs et contrôles physiques permanents ne sont plus des options modernistes, mais des impératifs de survie institutionnelle. Ce grand nettoyage est la condition sine qua non pour restituer aux policiers actifs les moyens légitimes de leur action et, enfin, commencer à restaurer la confiance, aujourd’hui en lambeaux, entre les Congolais et leur police. À Kinshasa de prouver qu’elle a le courage de chasser ses fantômes.

Salomon BIMANSHA

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *