EXCLUSIF. Face aux dérives de l’ère numérique sur le champ de bataille, l’état-major congolais tape du poing sur la table. Dans une directive interne que Bimanshainfo a pu consulter, les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) ont réitéré avec la plus grande fermeté l’interdiction stricte d’utiliser des smartphones sans autorisation préalable dans toutes les zones d’opérations militaires.
Une mesure de salubrité tactique à l’heure où la « guerre des likes » menace de saboter la réalité du terrain.
Un danger mortel pour les troupes
Pour la haute hiérarchie militaire, le constat est sans appel : un téléphone connecté dans la poche d’un soldat en première ligne est une arme braquée contre sa propre unité. À l’ère de la géolocalisation par satellite et du renseignement d’origine électromagnétique (ROEM), la moindre story Instagram ou le plus simple message WhatsApp envoyé à la famille peut se transformer en tragédie.

« Un smartphone allumé en zone de combat, c’est un gyrophare pour l’artillerie ou les drones adverses », confie sous couvert d’anonymat un officier supérieur basé à Kalemie .
Les risques identifiés par l’état-major sont multiples :
- La fuite d’informations classifiées : Photos de positions, vidéos de mouvements de troupes ou détails logistiques involontairement partagés.
- La géolocalisation en temps réel : Les métadonnées des fichiers ou le simple bornage des appareils permettent à l’ennemi de cartographier avec précision les postes de commandement.
- La guerre psychologique : La diffusion d’images de propagande ou de fausses nouvelles directement sur les écrans des combattants, visant à saper le moral des troupes.
Discipline de fer et « sécurité opérationnelle »
Cette piqûre de rappel intervient alors que l’est de la RDC reste le théâtre de violents affrontements contre divers groupes armés, dont le M23. Dans ce contexte de haute intensité, le succès des missions repose plus que jamais sur l’effet de surprise et le secret absolu.
Désormais, l’usage de ces appareils est soumis à une feuille de route bureaucratique ultra-restrictive. Seuls les personnels habilités — notamment pour des besoins de communication officielle ou de guerre informationnelle contrôlée — pourront conserver leurs terminaux. Pour les autres, ce sera le retour aux moyens de transmission militaires conventionnels, cryptés et sécurisés.
Le précédent ukrainien dans les esprits
Les FARDC ne font ici qu’aligner leur doctrine sur les enseignements des conflits modernes. Les états-majors du monde entier, échaudés par les retours d’expérience de la guerre en Ukraine — où des bataillons entiers ont été décimés après qu’un seul soldat a allumé son téléphone —, serrent la vis.
À Kinshasa, le message est clair : la discipline numérique fait désormais partie intégrante de la puissance de feu. Reste à savoir si cette interdiction, souvent difficile à faire respecter auprès d’une jeune génération de recrues hyperconnectées, sera suivie d’effets rigoureux sur le front. Les contrevenants, prévient-on en haut lieu, s’exposent à de lourdes sanctions disciplinaires pour « mise en danger de la sécurité de l’État ».
Salomon BIMANSHA











