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DRUGSTORE À CIEL OUVERT – Dans les ruelles poussiéreuses de la Tshangu, la créativité est décidément la pire des conseillères.

Après la fureur morbide du zondodo et l’hécatombe du bombé, le district le plus populeux et déshérité de Kinshasa vient de donner naissance à un nouveau monstre. Son nom ? « Mpuku a memi congélateur » — littéralement, « la souris qui a emporté le congélateur ». Sous ce nom savoureusement absurde se cache un cocktail toxique d’une violence inouïe, qui fait aujourd’hui le vide dans la jeunesse locale.

La Tshangu, laboratoire des chimères mortelles

Dans les fiefs de Masina, Ndjili ou Kimbanseke, la misère économique a de l’imagination. La drogue en question — un mélange artisanal de médicaments psychotropes détournés, de résidus chimiques et de solvants toxiques — promet un « gel » total des sens. Un état d’inhibition si profond et catatonique que la métaphore s’est imposée d’elle-même : le cerveau s’éteint, figé dans une chambre froide imaginaire.

« On a déjà oublié le bombé, maintenant tout le monde veut tester la souris. Tu prends ça, et pendant dix heures, tu n’es plus sur Terre. Les problèmes disparaissent », confie un jeune adepte rencontré près du marché de la Liberté, les yeux vitreux et le regard vide.

Un « OUI » désespéré à l’amnésie

Pour cette jeunesse désœuvrée, dire « Oui je le veux » à ce nouveau composé chimique s’apparente moins à une recherche de plaisir qu’à une recherche d’anesthésie. Face à un chômage endémique, à l’absence de perspectives et à une pression sociale écrasante, la tentation d’appuyer sur le bouton « pause » du cerveau est irrésistible, quel qu’en soit le prix pour la santé.

Les autorités sanitaires et les services de sécurité, déjà dépassés par les vagues précédentes, observent le phénomène avec une inquiétude grandissante. Mais sur le terrain, la prohibition résiste mal à l’inventivité des dealers de rue, capables de renouveler leurs formules plus vite que les campagnes de prévention ne s’organisent.

En attendant une réponse structurelle à la détresse de la Tshangu, la « souris » continue d’emporter avec elle la conscience d’une génération.

Salomon BIMANSHA

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