Accueil / Société / FATSHI BÂTIT : LE TITANESQUE CHANTIER CONGOLAIS

FATSHI BÂTIT : LE TITANESQUE CHANTIER CONGOLAIS

Face au défi titanesque des infrastructures d’un pays-continent grand comme l’Europe de l’Ouest, le ministre des Infrastructures et Travaux publics, John Banza, affiche un volontarisme à toute épreuve. Lors d’un briefing de presse il a détaillé sa feuille de route. Entre urgence sécuritaire et ambitions décennales, décryptage d’une bataille du bitume.

C’est un cri du cœur autant qu’un plaidoyer politique. En s’exprimant face aux journalistes lors du briefing tenu hier au côté du porte-parole du gouvernement Patrick Muyaya, le ministre des Infrastructures et Travaux publics (ITP), John Banza, n’a pas mâché ses mots : « C’est un message clair, c’est une interpellation ». Une interpellation qui s’adresse à la fois aux partenaires internationaux, aux détracteurs du régime et, surtout, aux millions de Congolais qui attendent de voir leur pays enfin relié par des voies dignes de ce nom.

Pour mesurer l’ampleur de la tâche, le ministre a choisi de contextualiser l’action de l’exécutif en jetant un regard dans le rétroviseur. Le constat de départ est implacable, presque cruel pour un État aux dimensions de sous-continent : « Le président Tshisekedi, arrivé au pouvoir, a hérité de 3 000 kilomètres de routes revêtues », a-t-il affirmé. Une misère logistique pour un territoire de 2,3 millions de kilomètres carrés.

Le sursaut du bitume

Mais la léthargie semble appartenir au passé. À en croire le patron des infrastructures, la RDC a enclenché la vitesse supérieure. « Aujourd’hui, nous travaillons pour atteindre 8 000 kilomètres sur l’ensemble du territoire national », indique-t-il avec l’assurance de celui qui dresse un bilan qu’il juge largement positif.

Sur le terrain, cette politique des grands travaux ne se limite pas aux seuls axes routiers. Le ministre des ITP a cité les différents ouvrages réalisés pour matérialiser ce sursaut national :

  • 301 ponts ultramodernes jetés pour désenclaver les provinces ;
  • Une modernisation progressive des aéroports et aérodromes pour réduire la fracture territoriale ;
  • La réhabilitation d’infrastructures portuaires, poumons essentiels de l’économie congolaise.

Repères — Le sursaut des chiffres

  • Héritage : 3 000 km de routes asphaltées à l’accession de Félix Tshisekedi.
  • Objectif immédiat : 8 000 km en cours de réalisation.
  • Le plan de connectivité : 23 800 km ciblés par le programme de désenclavement.
  • Cap sur dix ans : 60 000 km projetés si le rythme est maintenu.

L’ombre de la guerre et l’horizon des 60 000 kilomètres

Pourtant, le tableau n’est pas sans zones d’ombre, et John Banza le reconnaît bien volontiers : les défis restent « énormes ». Surtout, le déploiement de cette politique se heurte à une réalité tragique à l’Est du pays. Le ministre rappelle ce qui s’apparente à une double peine pour le Trésor public : « Nous sommes en guerre d’agression, il ne faut pas l’oublier ». Comprendre : chaque franc congolais injecté dans l’effort de guerre et la défense de l’intégrité territoriale est un franc de moins pour le béton et l’asphalte.

Malgré ce vent de face sécuritaire, le gouvernement refuse de revoir ses ambitions à la baisse. Bien au contraire. L’exécutif mise sur un coup de poker logistique et économique à long terme. « Nous avons lancé un programme ambítieux de désenclavement et de connectivité du pays par voie routière, portant sur 23 800 kilomètres », a martelé John Banza.

Mieux, le ministre se prend à planifier l’avenir à moyen terme. Si la dynamique actuelle survit aux secousses politiques et militaires, le visage de la RDC pourrait radicalement changer dans la prochaine décennie. « Si nous faisons nos projections, d’ici dix ans, à ce rythme, le pays construira au moins 60 000 kilomètres de routes », a-t-il souligné.

Un pari titanesque. Car en RDC, bâtir des routes n’est pas qu’une affaire de génie civil ; c’est, avant tout, l’acte fondateur de l’unité nationale et du réveil économique d’un géant trop longtemps paralysé par ses distances.

Salomon BIMANSHA

Étiquetté :

Répondre

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *