EXCLUSIF. Un rapport au vitriol de la Banque mondiale, consulté et analysé par « Bimanshainfo », révèle l’ampleur du désastre financier des fleurons étatiques congolais. Entre gouvernance opaque et dettes abyssales, l’État porte un fardeau qui menace désormais l’équilibre macroéconomique du pays.
C’est un paradoxe qui donne le vertige. Alors que la République démocratique du Congo (RDC) affiche une croissance insolente, portée par l’appétit mondial pour ses minerais critiques, ses propres entreprises publiques s’enfoncent dans un marasme financier sans précédent. Le constat, dressé par la Banque mondiale dans un rapport de mars 2026, est sans appel : le secteur public marchand n’est plus un moteur, mais un boulet de 5,3 milliards de dollars.
Un gouffre financier à ciel ouvert
Le chiffre donne la mesure du séisme : entre 2014 et 2023, les entreprises publiques ont accumulé des pertes équivalentes au budget annuel de la Santé du pays. En clair, chaque année, plus de 500 millions de dollars s’évaporent dans les méandres de structures exsangues. En 2023, plus des deux tiers de ces sociétés étaient dans le rouge.
Le « club des cinq » SNEL (électricité), REGIDESO (eau), RVA (aéroports), SNCC et ONATRA (transports) cristallise l’essentiel de ces contre-performances. Mais c’est sur le terrain de la dette que l’alerte devient rouge vif. En quatre ans, l’endettement de ces entités est passé de 5,7 % à 7,3 % du PIB, représentant aujourd’hui près de 42 % de la dette extérieure publique de la RDC. Un défaut de paiement massif de ces mastodontes obligerait le Trésor public à décaisser 179 millions de dollars en une seule année pour éponger les traites.
La SNEL et la REGIDESO : l’abondance introuvable
Le rapport pointe une ironie cruelle : la RDC possède l’un des potentiels hydroélectriques les plus vastes au monde, mais elle baigne dans le noir.
- Énergie : La SNEL n’exploite que 3,2 % de sa capacité installée. Résultat, seuls 22 % des Congolais ont accès au courant, tandis que 37 % de la production se perd en « fuites techniques » avant même d’atteindre une ampoule.
- Eau : Même scénario pour la REGIDESO, dont le réseau ne dessert que 16 % de la population. En 2024, près de la moitié de l’eau produite (40 %) disparaissait dans la nature à cause d’infrastructures hors d’âge.
Le poison de la mauvaise gouvernance
Pourquoi un tel naufrage ? La Banque mondiale ne prend pas de gants : le mal est politique. Conseils d’administration « parachutés », nominations basées sur le népotisme plutôt que sur la compétence, et une opacité comptable quasi totale. En 2024, à peine la moitié des vingt plus grandes entreprises publiques ont daigné publier leurs états financiers.
« Plusieurs entreprises n’empruntent plus pour investir dans l’avenir, mais simplement pour couvrir leurs déficits de liquidités immédiats », note le rapport.
Le paradoxe minier
Même le secteur minier, poumon de l’économie, n’échappe pas à la dérive. Si la production de cuivre explose (3,4 millions de tonnes en 2025), les acteurs publics affichent des bilans lunaires. À la MIBA (diamant), les charges salariales représentent 137 % du chiffre d’affaires. Quant à la toute-puissante Gécamines, bien qu’elle soit bénéficiaire, elle porte à elle seule 16 % de la dette totale du secteur public.
Pour Kinshasa, l’heure n’est plus aux simples réformettes. Sans une restructuration profonde et une dépolitisation radicale de ces entreprises, le « géant au pied d’argile » risque de voir sa croissance aspirée par le trou noir de ses propres services publics.
Salomon BIMANSHA











