JUSTICE. Plus de deux mois après le meurtre de Vally Amisi, entrepreneur de la diaspora revenu s’installer au pays, son frère Joël sort du silence. Entre preuves ignorées et suspects évaporés, il dénonce une instruction à deux vitesses qui interroge l’État de droit.
C’est le récit d’une tragédie qui ressemble à un mauvais film policier, mais dont les balles étaient bien réelles. Vally Amisi, figure de cette diaspora congolaise que Kinshasa appelle de ses vœux pour reconstruire le pays, est aujourd’hui une statistique de plus dans la colonne des crimes non résolus. Pour son frère, Joël Amisi, le deuil est impossible. Non pas seulement à cause de la perte, mais à cause du mur de silence que la justice semble ériger entre la famille et la vérité.
Un suspect « évaporé » et des preuves en jachère
Dans une intervention empreinte d’une dignité glaciale, Joël Amisi dresse un réquisitoire implacable contre les zones d’ombre qui entachent l’enquête. Au cœur du dossier : des images de vidéosurveillance qui, selon la famille, ne laissent que peu de place au doute. Et pourtant.

« Où est le suspect ? », interroge Joël. Alors qu’un avis de recherche a été émis, l’homme en question se serait volatilisé. Pire, des rumeurs persistantes le placeraient hors des frontières nationales. Comment un individu sous le coup d’une telle procédure peut-il franchir les contrôles aéroportuaires ? L’incompréhension de la famille vire à la suspicion de complicités au plus haut niveau.
Les défaillances d’une instruction
Le catalogue des griefs est accablant pour les services de police judiciaire. Joël Amisi pointe du doigt des lacunes méthodologiques qui frisent l’amateurisme — ou le sabotage :
- La pièce manquante : Un véhicule clairement identifié sur les lieux du crime n’aurait fait l’objet d’aucune saisie ni expertise technique.
- Le silence des témoins : Des contacts directs du suspect principal n’auraient toujours pas été auditionnés par les magistrats instructeurs.
- L’opacité diplomatique : Aucune demande d’extradition formelle ne semble avoir été communiquée à la famille, laissant planer un doute sur la volonté réelle de rattraper le fugitif.
Le prix du retour
Au-delà du drame familial, l’affaire Vally Amisi pose une question politique brûlante. Le président Félix Tshisekedi ne cesse de multiplier les appels aux « cerveaux » de la diaspora. Mais quel est le prix du retour si la sécurité juridique et physique n’est pas garantie ?
« Mon frère est revenu pour bâtir, il a fini dans un cercueil », martèle Joël Amisi. En prenant à témoin l’opinion publique et le chef de l’État, il ne réclame pas une faveur, mais l’application stricte de la loi. Pour que le nom de Vally Amisi ne soit pas seulement celui d’une victime, mais celui d’un sursaut judiciaire.
À Kinshasa, la justice est désormais au pied du mur. Elle doit prouver que la lumière peut encore percer les « zones d’ombre » dénoncées par un frère qui, lui, refuse de baisser les yeux.
Salomon BIMANSHA











