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Afrique : l’eau, le nouveau levier géopolitique et industriel de Félix Tshisekedi

À l’ouverture du Forum africain de l’eau à N’Djamena, le président de la République démocratique du Congo a tracé une feuille de route pragmatique pour transformer l’or bleu en moteur de développement continental.

C’est un changement de paradigme qui s’est joué ce mercredi 15 juillet à N’Djamena. Alors que s’ouvrait le très attendu « Forum africain de l’eau », sous l’égide du président tchadien, le Maréchal Idriss Deby Itno, les regards se sont rapidement tournés vers la délégation congolaise. Porteur de l’une des plus grandes réserves hydriques de la planète, le président de la République démocratique du Congo (RDC), Félix-Antoine Tshisekedi Tshilombo, a livré un plaidoyer d’une rare densité, articulé autour de cinq orientations majeures pour sortir l’Afrique de son paradoxe hydrique.

En finir avec la gestion en silo

Pour Félix Tshisekedi, le constat est sans appel : les politiques publiques africaines souffrent d’un cloisonnement stérile. L’accès à l’eau ne peut plus être traité comme un simple dossier technique ou une affaire d’aide humanitaire.

« Nos politiques doivent être pensées à l’échelle des bassins, des territoires, des villes et des systèmes économiques », a martelé le chef de l’État congolais.

Il a ainsi invité l’assistance à briser les barrières administratives traditionnelles pour penser l’or bleu de manière transversale, à la croisée de l’agriculture, de l’énergie, de la santé, de l’urbanisme et des infrastructures.

Pour relever ce défi herculéen, Kinshasa propose une méthode en cinq axes :

  1. L’intégration globale des politiques publiques régionales et nationales.
  2. Le renforcement de la gouvernance par le biais d’institutions solides et performantes.
  3. Une transparence accrue et une redevabilité stricte dans la gestion des infrastructures existantes.
  4. La maturation technique et la structuration financière des projets pour séduire les capitaux.
  5. La mobilisation massive des financements publics, privés et internationaux.

L’eau comme moteur de réindustrialisation

Mais l’audace de l’intervention congolaise réside sans doute dans sa vision industrielle. Loin de se cantonner à une posture de demandeur d’aide, Félix Tshisekedi veut faire de la gestion de l’eau un puissant accélérateur de souveraineté économique pour le continent.

« Nous devons développer sur notre continent la production de tuyaux, de pompes, de compteurs, d’équipements de traitement, de systèmes d’irrigation et de solutions numériques », a-t-il affirmé. Une manière de rappeler que la maîtrise de l’eau passe d’abord par la maîtrise de ses outils de production, créateurs de valeur ajoutée et d’emplois locaux.

L’horizon 2035 pour la RDC

Conscient que la crédibilité d’un leader se mesure aussi à l’aune de ses propres engagements nationaux, le président congolais a profité de la tribune tchadienne pour fixer le cap de la RDC à moyen terme. Doté d’un potentiel hydrologique colossal mais encore largement sous-exploité, son pays ambitionne, à l’horizon 2035, de franchir des seuils historiques :

  • 60 % de taux d’accès à l’eau potable pour la population.
  • 50 % d’accès aux services d’assainissement et d’hygiène de base.
  • 80 % des écoles et des établissements de santé dotés d’infrastructures d’eau et d’assainissement adéquates.

Un programme ambitieux qui fait écho au cri de ralliement lancé en ouverture par l’hôte du sommet, Idriss Deby Itno. Le président tchadien a émis le vœu que les assises de N’Djamena marquent « le momentum d’une Afrique qui reprend en main la maîtrise de son destin hydrique ». Face à l’urgence climatique et démographique, les bases d’un sursaut continental semblent désormais posées. Reste à transformer les discours en chantiers concrets.

Salomon BIMANSHA

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