RDC. En réclamant la régularisation de leur statut devant l’« Immeuble intelligent » de la capitale, des médecins non primés ont été dispersés à coups d’eau froide par les forces de l’ordre. Une méthode jugée humiliante qui repose la question du respect des libertés publiques.
C’est une scène qui interroge autant qu’elle indigne dans les salons de Kinshasa. Devant les vitres rutilantes de l’« Immeuble intelligent » — siège de plusieurs ministères et symbole d’une modernité congolaise qui se cherche —, le réveil a été brutal pour les professionnels de santé. Mercredi matin, alors qu’ils achevaient une nuit de sit-in pacifique, plusieurs dizaines de « médecins non primés » (en attente de l’alignement de leur prime de risque et de leur régularisation administrative) ont été littéralement douchés dans leurs revendications.

Au lever du jour, des éléments de la Police nationale congolaise (PNC) ont mis fin au rassemblement d’une manière pour le moins singulière : en aspergeant d’eau froide les manifestants, ciblant tout particulièrement le coordinateur national du mouvement.
Une nuit d’espoir, une aube glaciale
Pour ces médecins, le combat dure depuis des mois. Venus réclamer pacifiquement leur intégration et la mise à jour de leur situation financière, ils pensaient faire entendre raison à leur ministère de tutelle en occupant le pavé. C’était sans compter sur la réponse, très peu protocolaire, des forces de l’ordre.
Les vidéos du traitement infligé aux manifestants, rapidement partagées sur les réseaux sociaux, montrent des médecins trempés, hagards mais calmes, face à des policiers impassibles. Selon les témoins et les organisateurs, aucune provocation ni résistance n’a précédé cette intervention d’un genre nouveau.
« Nous demandons simplement l’application de nos droits. Rien ne justifie un tel traitement à l’égard de professionnels de santé qui sauvent des vies au quotidien. » — Un médecin dépité, présent sur les lieux.
Le spectre de la dérive sécuritaire
Au-delà de la colère des blouses blanches, cet incident réactive un débat récurrent en République démocratique du Congo : celui des limites du maintien de l’ordre et du respect des libertés publiques. Pour le collectif des médecins non primés, la pilule ne passe pas. Dans un communiqué au ton ferme, l’organisation fustige des méthodes contraires à la Constitution :
- Atteinte à la dignité humaine : L’usage de l’eau froide à l’aube est qualifié d’humiliation gratuite.
- Droit de manifester bafoué : La liberté de réunion et de revendication sociale, pourtant garantie par la loi fondamentale, semble s’arrêter aux portes des ministères.
- Absence de proportionnalité : Le recours à la force face à une corporation par nature non violente suscite l’incompréhension générale.
Le silence assourdissant de la police
Face au tollé suscité par ces images, la Police nationale congolaise a choisi, pour l’instant, la stratégie du dos rond. Aucune communication officielle n’est venue justifier l’ordre donné d’arroser les manifestants.
Dans un pays où le système de santé publique repose en grande partie sur le dévouement de praticiens sous-payés ou en attente de statut, cette « douche froide » administrée aux médecins congolais risque de laisser des traces bien plus profondes qu’un simple vêtement mouillé. Le gouvernement, qui tente de redorer son blason sur le terrain des droits de l’homme, se passait bien d’une telle publicité au pied de son édifice le plus moderne.
Salomon BIMANSHA











