Accueil / Société / Dans une tribune publiée alors que l’Assemblée nationale congolaise vient d’adopter  la loi référendaire, Frédéric Panda met en garde contre la confusion entre mesure de l’opinion et décision démocratique.

Dans une tribune publiée alors que l’Assemblée nationale congolaise vient d’adopter  la loi référendaire, Frédéric Panda met en garde contre la confusion entre mesure de l’opinion et décision démocratique.

C’est une nuance théorique aux répercussions politiques explosives. Alors que l’Assemblée nationale de la République démocratique du Congo reprend, ce vendredi, l’examen de la proposition de loi fixant les conditions d’organisation du référendum — sous le regard vigilant de la Cour constitutionnelle une voix s’élève pour remettre l’église au milieu du village démocratique. Dans une tribune remarquée, Frédéric Panda, directeur général de l’institut Sondage Les Points, appelle à ne pas céder à une dangereuse amalgame : un sondage d’opinion n’a jamais fait office de consultation populaire.

Le rappel à l’ordre intervient dans un climat politique électrique à Kinshasa. D’un côté, la majorité présidentielle fait valoir la légitimité d’une consultation du peuple pour adapter le fonctionnement des institutions aux réalités du pays. De l’autre, une partie de l’opposition flaire le piège constitutionnel, redoutant que la démarche ne dissimule une manœuvre visant à faire sauter le verrou de la limitation des mandats présidentiels.

Deux logiques, deux vertus
Face à ce choc de légitimités, Frédéric Panda convoque la rigueur méthodologique pour éclairer le débat institutionnel. Si le sondage et le référendum font tous deux une place à la parole citoyenne, soutient-il, leurs natures respectives répondent à des exigences radicalement distinctes.

« Confondre les deux reviendrait à attribuer à une enquête statistique une valeur juridique qu’elle ne possède pas. »

Frédéric Panda, directeur général de Sondage Les Points

Le référendum est un acte souverain. Inscrit dans un cadre légal strictement balisé par la Constitution, il débouche sur un résultat contraignant qui modifie l’ordonnancement juridique et l’architecture des institutions. Sa validité repose sur la transparence du scrutin, la neutralité de l’information préalable et la liberté d’expression de chaque électeur dans l’isoloir.

À l’inverse, le sondage relève de la photographie de l’instant. Il scrute les attentes, mesure les perceptions et donne à voir les tendances d’une société à travers un échantillon représentatif. Utile pour orienter ou comprendre, il est fondamentalement dépourvu de portée normative. Il indique un état d’esprit ; il n’exprime aucun mandat.

L’éthique de la responsabilité
Pour le patron de Sondage Les Points, ériger les chiffres d’un sondage en blanc-seing politique relève du détournement démocratique. Face aux risques d’instrumentalisation de l’opinion, l’auteur renvoie chacun à ses devoirs : politiciens, médias et instituts de sondage doivent faire preuve de la plus grande retenue pédagogique. Publier une étude implique de mettre à nu sa méthodologie, ses marges d’erreur et ses limites, sans jamais transformer une tendance statistique en vérité établie.

Une formule résume son plaidoyer face aux tentations de la démocratie d’opinion : « Le sondage prend le pouls de l’opinion ; le référendum recueille les suffrages des électeurs. » Dans la RDC de 2026, où se joue l’avenir du pacte républicain, le rappel a toute la valeur d’une mise en garde solennelle.

Salomon Bimansha

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